Tuerie du Collège Dawson - Des adieux en gris et rose pour Anastasia

La famille De Sousa est réunie pour un dernier adieu à Anastasia, victime du tueur du Collège Dawson.
Photo: Jacques Nadeau La famille De Sousa est réunie pour un dernier adieu à Anastasia, victime du tueur du Collège Dawson.

Plusieurs centaines de personnes sont venues assister hier midi, à Montréal, aux funérailles de la jeune Anastasia De Sousa, victime de la fusillade survenue au Collège Dawson il y a une semaine. Cérémonie sobre, mais hautement émouvante, pour les proches de la disparue et les dignitaires présents.

Un ciel chagrin, temps gris, nuages bas. Journée triste de début d'automne. De même pour l'ambiance autour de l'église catholique Notre-Dame-de-Czestochowa hier midi: beaucoup de larmes, de visages graves et de regards mouillés. Arrêtée en plein vol à 18 ans par les balles de Kimveer Gill, Anastasia De Sousa a été portée en terre hier, après une cérémonie religieuse émouvante.

Dès 10 heures, la foule se pressait aux portes de l'église de la communauté polonaise, à laquelle appartient la mère de la victime. Personne n'est toutefois entré: les policiers avaient délimité un périmètre pour contenir les médias, les curieux et les amis qui n'avaient pas été spécifiquement invités par la famille. Celle-ci désirait des funérailles intimes. Un deuil loin des caméras.

N'empêche: l'église était pleine à craquer (environ 450 places, dont le tiers étaient occupées par des collègues de classe). Et au moins autant de personnes sont restées dehors toute la cérémonie durant, debout sous la pluie, pour écouter la célébration près des haut-parleurs installés pour l'occasion.

La jeune Alicia Arthur ne connaissait pas personnellement la victime. «Je suis venue parce que sa soeur est mon amie. Mais peu importe, c'est important de montrer à la famille qu'on pense à elle.» Elle portait un chandail rose et tenait une fleur de la même couleur à la main. Couleur favorite de la jeune De Sousa, le rose était aussi visible que le noir, hier: des parapluies, des manteaux, sinon un ruban discret épinglé au veston des invités.

Plusieurs politiciens étaient présents: notamment le premier ministre Jean Charest et son épouse, les ministres Jacques Dupuis, Jean-Marc Fournier, Michelle Courchesne et Line Beauchamp, le chef du Parti québécois, André Boisclair, le maire de Montréal, Gérald Tremblay. C'est Michael Fortier qui a représenté le gouvernement fédéral.

À 11 heures, les cloches ont sonné pour l'arrivée du cercueil blanc, recouvert d'un drapeau du Collège Dawson. Une immense gerbe de fleurs (roses) a suivi. La pluie tombait doucement sur le parvis. «C'est difficile de trouver un sens à cet événement, a dit le curé de la paroisse, Waclaw Sokolowski. Ce serait facile de perdre espoir. [Mais il faut croire] que la mort n'est pas la fin, mais le début» d'une autre étape. «On souhaite tous qu'elle soit dans un monde meilleur, où il n'y a pas de violence, de douleur, de souffrance.»

Plusieurs lectures et chants (orgue et voix) ont ponctué la cérémonie. Les célébrants ont évoqué les événements tragiques, mais sans en faire le coeur de leur message. Vers la fin de la célébration, la jeune soeur d'Anastasia, Sarah, 16 ans, a livré un témoignage court mais émouvant, brisé par les sanglots. «Tu es ma soeur par le sang et ma meilleure amie», a-t-elle dit de la victime, désormais son «ange gardien». Une autre personne a témoigné des qualités de la jeune De Sousa, que ses proches ont présentée comme une «jeune fille belle, charmante, lumineuse». Puis on a poussé le cercueil vers la sortie.

L'émotion était forte: les étudiants rassemblés avaient les yeux rouges, se serraient dans leurs bras. «Je n'arrête pas de me demander pourquoi elle, pourquoi maintenant», disait Jonathan. Pour plusieurs, la question résonnera longtemps.

Une dernière cérémonie en relation avec les événements de mercredi est prévue ce soir (de 19h à 21h), à l'église unie St. James, rue Sainte-Catherine. Selon le directeur général du Collège Dawson, Richard Filion, il s'agit d'une «soirée de consolation et de partage» visant à tourner la page pour ouvrir un nouveau chapitre. Hier, les étudiants du collège ont repris leurs cours, une journée après la réouverture symbolique de l'établissement. L'émotion restait lourde pour plusieurs: une jeune étudiante a d'ailleurs quitté en ambulance après avoir subi une crise de panique. Plusieurs psychologues étaient présents pour aider les étudiants qui en auraient eu besoin.

Par ailleurs, les funérailles de Kimveer Gill se sont aussi tenues hier après-midi, dans un temple sikh de la région. Très peu de personnes ont assisté à la cérémonie, et les médias n'ont pas été admis à l'intérieur. La famille du tueur de 25 ans, qui a ouvert le feu au Collège Dawson et blessé 19 personnes (dont deux demeurent dans un état critique), en plus d'Anastasia De Sousa, n'a fait aucun commentaire à la presse présente. Elle s'était déjà dite choquée du geste meurtrier de son fils.