Aéroport Dorval-Trudeau - Le train n'est pas pour demain

Regarder les avions partir ou arriver: un «sport» qui fascine toujours les enfants, dans toutes les aérogares du monde.
Photo: Jacques Nadeau Regarder les avions partir ou arriver: un «sport» qui fascine toujours les enfants, dans toutes les aérogares du monde.

Pendant près de 30 ans, Mirabel a attendu en vain qu'un train daigne se rendre jusqu'à la gare aménagée dans son sous-sol dès sa construction dans les années 1970. Le mois dernier, Aéroports de Montréal (ADM) a annoncé la construction des infrastructures de la gare qui accueilleront un éventuel train reliant Dorval au centre-ville, et ce, avant même que les différents niveaux de gouvernement donnent le feu vert au projet ferroviaire. L'histoire se répète-t-elle?

L'aéroport de Mirabel avait le vilain défaut d'être loin du centre-ville. En choisissant Dorval dans les années 90, les autorités aéroportuaires faisaient entre autres le pari d'un aéroport plus près de la métropole et plus facile d'accès, notamment pour les voyageurs d'affaires qui représentent 40 % des utilisateurs.

Ce pari de l'accessibilité est cependant loin d'être gagné, lorsqu'on prend en compte la congestion routière. En plus de construire une liaison ferroviaire, on promettait en 1996 de refaire rapidement l'échangeur Dorval pour désengorger la circulation. Presque 10 ans plus tard, le projet de réaménagement du rond-point Dorval est sur le point de démarrer et les travaux devraient être achevés en 2009. On ne peut pas en dire autant de la liaison ferroviaire. ADM peaufine toujours des études sur la faisabilité du projet.

Directeur du certificat en gestion du développement touristique à l'Université Laval, Laurent Bourdeau critique sévèrement l'accessibilité à l'aéroport. «À quatre reprises, cela m'a pris plus de deux heures pour me rendre à Dorval à partir du centre-ville, en autobus Voyageur, parce que l'autoroute Décarie était bloquée. C'est bien beau faire un bel aéroport, mais cela vaut quoi si on n'a pas de routes ou de train pour s'y rendre?», déplore M. Bourdeau.

Il devient très cynique quand on lui parle du projet de liaison ferroviaire: «Je vais y croire quand je le verrai. On disait aussi cela pour Mirabel et personne n'a vu le train».

ADM optimiste

Depuis l'hiver dernier, ADM a renoncé à son projet d'effectuer une simple boucle ferroviaire à partir de la gare de Dorval pour la relier à l'aéroport. Les rails du CP sur lesquels circulent entre autres les trains de l'Agence métropolitaine de transports (AMT) sont déjà surchargés, ainsi que ceux du CN qui accueillent déjà les trains de passagers de Via Rail en plus des trains de marchandise.

On jongle donc avec un projet plus coûteux de 500 à 550 millions, selon les premières évaluations, qui consisterait à installer de nouveaux rails empruntant le même corridor que celles du CP entre Dorval et le centre-ville. Ces rails serviraient à la fois pour les passagers de l'aéroport, pour ceux de Via Rail et ceux de l'AMT. «Cela fait en sorte de diminuer les coûts pour chacun des partenaires», précise la porte-parole d'ADM, Christiane Beaulieu. Cette évaluation ne comprend cependant pas le coût du matériel roulant.

L'heure est à l'optimisme chez ADM, qui a annoncé le mois dernier que son nouveau terminal jumelé à un hôtel pourra accueillir la future navette ferroviaire. «On a décidé de faire la gare parce qu'on est confiant que le projet fait consensus entre les partenaires [Via Rail, AMT et ADM].[...] Nous avons décidé de débourser plusieurs millions pour faire la coquille de la gare», affirme Mme Beaulieu.

Chez Transport Canada, on hésite pour l'instant à se mouiller quant à l'échéancier du projet. On précise qu'ADM doit encore fournir des études techniques pour étayer le scénario présenté pour la première fois en mars dernier. ADM est néanmoins confiante: «Si tout se débloque rapidement, le train pourrait être en opération en 2012», ajoute Mme Beaulieu.

Certains doutent cependant de la viabilité financière du projet, en raison de l'emplacement de l'aéroport de Dorval. Pour Jacques Roy, professeur aux HEC spécialisé en transports, un tel lien ferroviaire est beaucoup moins rentable à Dorval qu'il ne l'aurait été à Mirabel. «Les voyageurs, surtout ceux d'affaires, viennent autant de l'ouest de l'île, de la Rive-Sud et de la Rive-Nord que du ventre-ville. Il ne reste pas beaucoup de passagers pour justifier économiquement une liaison comme celle-là», observe M. Roy.

Du côté d'ADM, on reconnaît que la navette, dont le service pourrait être assumé par un opérateur privé, ne sera pas nécessairement rentable à court terme. «Est-ce que le transport en commun est rentable la première année? Je ne pense pas. Mais nos sondages nous laissent croire que la navette va être utilisée», plaide Mme Beaulieu.