Rimouski - Grandir à l'enseigne de la culture

Le geste de la création et ses dépendances culturelles sont élevés au rang des priorités de la municipalité de Rimouski, assure son premier magistrat Éric Forest. Des priorités que devront définir sous peu les Rimouskois eux-mêmes dans le cadre d'un vaste chantier de consultation publique. Regard oblique sur une ville dont la débauche culturelle n'a d'égale que l'immensité de l'estuaire qui se dresse devant elle.

Au plan de la culture, la ville hôtesse du 19e colloque annuel de l'association Les Arts et la Ville n'a rien à envier aux grands centres, fait remarquer le maire Forest, qui décline du même souffle plusieurs initiatives culturelles animant cette municipalité qui borde le fleuve Saint-Laurent: soit le Festi Jazz international, Rimouski en Blues, le Carrousel international du film, l'École de musique du Bas-Saint-Laurent, le Conservatoire de musique et d'art dramatique, l'Orchestre symphonique de l'Estuaire, l'Orchestre des jeunes du Québec maritime, le musée régional et la coopérative de solidarité Paradis, qui regroupe plusieurs organismes dont les Éditions du Berger blanc, qui publient le journal Le Mouton noir, réputé pour sa griffe contestataire, mais nécessaire et fort utile dans le débat régional.

Deux autres événements à caractère multiculturel s'ajouteront cet été à ce chapelet d'expressions culturelles. «La municipalité de Rimouski vient tout juste d'accorder son soutien à une semaine toute sénégalaise qui se déroulera au mois de juin, et à un festival interculturel qui aura lieu au mois d'août», ajoute le maire Forest, qui souligne que «ce qui caractérise une ville, c'est sa vitalité culturelle. Car la culture définit ce qu'on est collectivement».

La salle, enfin !

Et la collectivité rimouskoise est passée bien près, en septembre dernier, de perdre sa toute nouvelle salle de spectacle de plus de 900 places construite au coût de 13,4 millions de dollars, en raison d'un feu qui s'est déclaré au Centre civique, adjacent à la salle de spectacle, lors des travaux de rénovation qui étaient en cours afin d'y accueillir le Conservatoire de musique.

Si à ce moment-là tout le monde retenait son souffle, aujourd'hui «on reprend notre souffle, même si tout n'est pas encore fonctionnel, les dommages causés par le feu ayant reporté au mois de juin 2007 les activités prévues au centre civique». La salle de spectacle, elle, a repris ses activités en janvier.

Rappelons que le choix de l'emplacement de la salle de spectacle a longtemps divisé la population. Désormais, ce complexe culturel constitue, selon le maire Forest, un point de convergence où «une masse critique culturelle est située en plein coeur de la ville, en plein coeur d'un espace patrimonial; à l'ouest, on retrouve le musée régional et à l'est, la place du presbytère et la cathédrale».

Une politique publique

La culture est pour M. Forest l'une des «priorités de développement de la municipalité. D'ailleurs, on s'est doté il y a quelques années d'une politique culturelle. Et dans ce cadre, nous avons mis sur pied une société qui est vouée au patrimoine, nous nous sommes dotés d'un tout nouveau service des loisirs et de la culture, où une personne se consacre au seul volet culturel de la ville. Nous avons aussi mis sur pied un comité qui assure le suivi de l'ensemble des activités culturelles et qui sert de lien entre les organismes culturels, qui sont extrêmement dynamiques, et notre Service des loisirs et de la culture».

Qui plus est, poursuit Éric Forest, la part nette que la Ville de Rimouski consacre à la culture à même son budget annuel est de 2,3 millions de dollars, «ce qui équivaut à environ 55 $ par habitant ou 4,6 % de notre budget total». La moyenne des dépenses de fonctionnement des municipalités québécoises au titre des activités culturelles s'établissait en 2004 à 4,2 %, selon les données du ministère de la Culture.

Consultation citoyenne

Maintenant, l'approche du maire Forest au plan de la culture se veut collective. À telle enseigne qu'un vaste chantier de consultation publique, qu'il a baptisé «Rimouski 2006», devrait être mis en branle dès ce printemps pour se terminer à l'automne, et dont l'objectif premier est «de susciter une réflexion sur notre devenir, et ce, sur plusieurs facettes, soit l'économie, l'environnement et la culture, notamment».

En d'autres mots, les citoyens seront appelés à échanger et proposer des solutions qui constitueront à terme une stratégie commune en matière de culture. «Donc, une fois cela fait, on sera à même de définir un plan d'action qui sera retenu pour les années à venir» et qui sera assorti d'un budget qui saura répondre, le mieux possible, aux attentes, laisse-t-il entendre.

Car qui dit argent, dit choix: «Il y a beaucoup d'initiatives culturelles tout aussi pertinentes les unes que les autres et qui poussent pratiquement chaque mois. Toutefois, il faut prendre la mesure de nos moyens, et tel est notre grand défi.»

Collaborateur du Devoir