Port de Montréal - Les camionneurs sikhs refusent de porter un casque protecteur

Les camionneurs sikhs coiffés d'un turban qui fréquentent le port de Montréal refusent de se plier aux nouvelles normes de sécurité des autorités portuaires les obligeant à porter un casque protecteur sur le site. Ils souhaitent conclure une entente avec les autorités portuaires afin de ne pas avoir à se plier à ces contraintes, estimant qu'ils ne sont pas exposés à un danger qui nécessite une telle mesure de sécurité.

Depuis juillet dernier, les dirigeants du port de Montréal demandent à tous les travailleurs de porter un casque protecteur sur le site, et les camionneurs sikhs qui assurent le transport des marchandises ne sont pas épargnés par cette mesure. Mais, pour eux, délaisser le turban constitue une atteinte à leur liberté de religion.

Cette mesure a été adoptée par tous les exploitants de terminaux portuaires au Canada, qui doivent se conformer au Code canadien sur le travail et aux modifications apportées au Code criminel canadien à l'automne 2004, explique France Poulin, porte-parole des autorités portuaires de Montréal. «Le port du casque est nécessaire pour protéger les travailleurs des risques de blessures à la tête», fait-elle valoir.

La communauté sikhe est toutefois d'avis que les camionneurs, qui n'ont pas à descendre de leur camion lorsqu'ils se rendent au port, ne devraient pas avoir à se plier à ces mesures de sécurité. Après la victoire obtenue par le jeune Gurbaj Singh Multani, la semaine dernière, dans le dossier du port du kirpan à l'école, la communauté sikhe pourrait être tentée de s'adresser aux tribunaux pour régler son différend avec le port. Charanjit Singh Padda, président du Temple Guru Nanak Darbar, dans l'arrondissement de LaSalle, rejette toutefois cette possibilité. «On n'est pas rendu à ce point-là. Ce problème ne date pas d'hier, mais de l'été dernier, et il existe dans tous les ports au Canada», dit-il.

La bataille contre le port du casque est d'ailleurs pilotée par le Syndicat des débardeurs du port de Montréal, qui conteste l'application systématique des nouvelles mesures de sécurité à l'ensemble des employés sans distinction pour les tâches qu'ils accomplissent, ce qui serait contraire aux recommandations du Conseil canadien des relations industrielles.

«On a entrepris des discussions avec le port et le syndicat des débardeurs, et celui-ci a fait des recommandations à l'employeur en lui disant qu'à certains endroits le port du casque n'était pas nécessaire, explique M. Padda. Si les recommandations du syndicat sont acceptées, ça ferait notre affaire, car nos camionneurs vont dans la zone la moins dangereuse du port.»

«Notre but n'est pas d'aller devant les tribunaux avec ça, mais de parvenir à une entente acceptable pour les deux parties, ajoute-t-il. Ce n'est pas parce qu'on a gagné dans le dossier du kirpan qu'on se cherche une nouvelle cause.»

La communauté sikhe a tout de même fait appel à l'avocat Julius Grey afin d'obtenir des conseils. Celui-ci est d'ailleurs convaincu que le litige ne se rendra pas devant les tribunaux. «Après le jugement de la Cour suprême au sujet du kirpan, il m'apparaît certain que les autorités devront reconsidérer leur décision. Il est fort possible que tout le monde reconnaisse que la sécurité ne peut pas aller jusque-là», soutient-il.

À la suite des différentes décisions rendues par les tribunaux concernant les exemptions religieuses, qu'il s'agisse des soukkahs, des érouvs ou du kirpan, l'avocat croit que les cause de ce genre seront moins fréquentes au cours des prochaines années.