Le prix - Claire-Bonenfant disparaît en douce

Québec — Le prix qui honorait la grande féministe Claire Bonenfant ne sera pas remis cette année.

La nouvelle est tombée la veille même du 8 mars, Journée internationale de la femme.

Très discrètement, la ministre de l'Immigration, Lise Thériault, a annoncé que son ministère ne prendra plus la responsabilité de remettre ce prix.

Cette décision a été annoncée dans une lettre personnelle adressée le 2 décembre dernier par la ministre Lise Thériault à l'une des filles de Mme Bonenfant, Odile Pouliot.

La ministre Thériault explique que le prix, qui visait à faire la promotion des valeurs démocratiques, ne relève pas de la mission de son ministère de l'Immigration. Elle espère que d'autres ministères ou organismes prendront la relève sous peu pour gérer ce prix.

Le prix avait été créé en 1997 pour féliciter une personne ou un groupe ayant fait la promotion des valeurs démocratiques et de la participation citoyenne. L'an dernier, Jean-Pierre Denis, fondateur du Club 2/3 Inc., s'était vu remettre le prix individuel. Deux mouvements avaient obtenu le prix de groupe sur un pied d'égalité, soit l'Institut du nouveau monde et l'Union paysanne.

Le site Internet du ministère de l'Immigration contient d'ailleurs des photographies d'une ministre Lise Thériault rayonnante, en train de remettre le prix aux lauréats.

Claire Bonenfant, décédée en 1996, a marqué le monde du féminisme québécois. Elle a été notamment présidente du Conseil du statut de la femme du Québec et est à l'origine de la politique québécoise en matière de condition féminine. Elle avait été décorée de l'Ordre national du Québec en 1991.

Odile Pouliot, fille de Mme Bonenfant, a rappelé que la suspension de la remise du prix avait été faite sans considération pour la famille, qui avait pourtant été consultée lors de la création de cette décoration.

«Le gouvernement Charest se montre irrespectueux de la mémoire de cette femme engagée», a dit Mme Pouliot.

L'opposition péquiste a également dénoncé la décision gouvernementale, la veille même du 8 mars.

«Mme Bonenfant était un modèle tel que le gouvernement avait cru bon de nommer un prix en son honneur. Le gouvernement Charest a offensé la mémoire de Mme Bonenfant», a déclaré Agnès Maltais.