Bouffe et malbouffe: Des partis politiques au régime

Dans la course électorale qui poursuit sa progression vers une dernière ligne droite, le vide, dans le programme des partis fédéraux, semble passer inaperçu: à gauche comme à droite, les politiques alimentaires brillent en effet par leur absence dans les débats qui font rage depuis le début de cette campagne ainsi que dans la plupart des programmes des partis. Sans surprise d'ailleurs.

À l'heure où la santé figure pourtant en bonne place dans les nombreuses priorités des partis fédéraux en lice, les questions liées à la malbouffe, à l'obésité, à la production des aliments, à l'éradication des ingrédients délétères ou à la lutte contre l'homogénéisation des saveurs ne semblent pas avoir été mises au menu de la campagne. Et ce, même si le bonheur intérieur brut d'une nation, tout comme l'état de santé physique et mentale d'une population, est souvent étroitement lié au plaisir qu'elle peut avoir autour d'une table.

Toujours est-il que, sans surprise, c'est du côté du Parti vert du Canada (PVC) que les choses de la bouffe — comme de la malbouffe — trouvent le plus d'écho et occupent le plus de place dans le programme de ce parti.

Dans une optique très environnementale il va sans dire, le PVC prend donc position pour des zones agricoles sans organismes génétiquement modifiés (OGM), pour un «accès simplifié aux marchés pour les producteurs de produits spécialisés et biologiques» ou encore pour une «recherche subventionnée par le gouvernement sur la production alimentaire biologique plutôt que la biotechnologie et l'agriculture énergivore».

Les verts militent également pour la fin des pratiques d'aquaculture «qui nuisent à l'environnement marin et à la santé humaine», pour l'élimination des «fermes-usines», pour l'amélioration des conditions d'abattage ainsi que pour l'étiquetage obligatoire des produits contenant des OGM afin de permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés.

Et ils ne sont pas les seuls. Sur le terrain de l'étiquetage, le Bloc québécois et le NPD tirent aussi dans la même direction, tous deux conscients qu'une telle politique devrait enfin offrir la chance aux électeurs de savoir ce qu'il y a dans leur assiette. Le Parti libéral du Canada (PLC), de son côté, appuie plutôt sa politique d'étiquetage volontaire des OGM, peut-on lire dans la réponse qu'il a récemment envoyée à l'organisme Greenpeace sur cette question. En vertu de cette norme fédérale, les transformateurs ont la liberté d'indiquer ou non la présence d'OGM dans leurs produits. À ce jour, aucun produit affichant des transgènes n'est apparu sur les tablettes des épiceries.

Ces OGM sont tout aussi invisibles dans... le programme du Parti conservateur. L'acronyme n'apparaît en effet nulle part dans les documents d'information de la formation politique de Stephen Harper. Les mots «alimentation», «malbouffe» et «obésité» logent à la même enseigne. Quant à l'agriculture, elle se retrouve, de manière générale, au coeur d'une pincée de promesses de nature purement financière visant à stimuler la croissance de ce secteur et à mieux protéger les producteurs en cas de coup dur, sans précision toutefois au sujet de la qualité des produits qui doivent se retrouver au bout d'une subvention.

Cette agriculture trouve d'ailleurs une oreille tout aussi attentive du côté du Bloc québécois, seul parti politique à posséder une plate-forme agricole. En substance, il y est question d'aide financière et d'incitatifs pour que les jeunes puissent accéder au monde de l'agriculture mais aussi de la «régionalisation des pratiques sanitaires». Cette idée, née au lendemain de la crise de la vache folle qui a frappé le Canada il y a près de deux ans, vise à s'assurer qu'une bête malade trouvée en Alberta ne puisse pas, comme cela a été le cas, bouleverser le commerce transfrontalier d'animaux élevés ailleurs au pays.

Le Bloc milite aussi pour le maintien de la gestion de l'offre, ce système de quotas qui permet de maintenir des prix élevés pour les éleveurs grâce à un contrôle sévère du nombre d'animaux produits, et opte pour un «système intégral de traçabilité» pour suivre les aliments de la ferme à l'assiette, une chose impossible pour le moment.

Enfin, cette formation politique qui s'affiche en faveur d'un étiquetage obligatoire des OGM propose aussi un soutien au secteur des biotechnologies avec des aides «à la recherche génomique appliquée à la sécurité alimentaire», peut-on lire dans le programme. Ce programme, à l'instar de ceux des partis concurrents sur la scène fédérale, suscite des discussions autour d'une table mais, étrangement, rarement des discussions sur ce qui, justement, se retrouve sur cette table.

bouffe@ledevoir.ca

Le Devoir