Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents - Les jeunes d'abord

Le nombre de jeunes en détention provisoire et en probation a diminué de 8 % en 2003-04.
Photo: Jacques Nadeau Le nombre de jeunes en détention provisoire et en probation a diminué de 8 % en 2003-04.

Au Centre jeunesse de Montréal, François Clermont a passé deux mois à étudier la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) avant de rédiger un manuel de référence qui a pris l'épaisseur d'un annuaire téléphonique. C'est dire comment la réforme a compliqué la tâche des spécialistes de la délinquance juvénile.

La LSJPA compte 165 articles. Le personnel a dû se taper une formation de cinq jours pour démêler le tout. «De prime abord, la loi a foutu le bordel. Par contre, elle nous a permis de rebondir sur nos convictions et notre volonté de développer des services de qualité», explique M. Clermont, chargé du projet de suivi intensif différencié (SID) au Centre jeunesse de Montréal - Institut universitaire.

Avec son approche orientée sur les besoins du délinquant, et pas seulement sur le délit qu'il a commis, le Centre jeunesse de Montréal a dû «faire des entourloupettes importantes» pour maintenir les acquis.

L'organisme avait mis en place un programme unique, de 1997 à 2003, pour traiter les jeunes dont le mode de vie était ancré dans la criminalité mais qui étaient réceptifs au traitement. Ces jeunes s'étaient livrés à leur premier délit à un âge précoce, vers huit ou dix ans, et avaient commis des infractions à répétition, lesquelles gagnaient en gravité chaque fois. Ils auraient dû normalement se retrouver en garde ouverte continue. Grâce au programme de probation intensive, ils ont été laissés dans leur milieu de vie, mais encadrés par une pléthore de spécialistes qui ne les lâchaient pas d'une semelle.

L'intensité porte fruits

Le programme de probation intensive a donné des résultats inespérés, selon une étude des chercheurs Louis-Georges Cournoyer (Université de Montréal) et Jacques Dionne (Université du Québec en Outaouais). Les jeunes ayant bénéficié du programme présentaient des risques de récidive beaucoup moins élevés. En suivi intensif, 76,2 % des adolescents ne sont pas retombés dans le crime, contre 47,4 % des jeunes en garde ouverte et 75 % pour la probation régulière.

«Les taux d'efficacité observés en matière de non-récidive sont équivalents et même supérieurs aux plus hauts taux observés dans la littérature scientifique», affirme M. Cournoyer. L'intervention dans la communauté offrait une meilleure chance de généralisation des acquis, une possibilité de changer la dynamique familiale, compte tenu du fait que les parents doivent s'impliquer, et une meilleure utilisation des ressources de la communauté afin de soutenir la réinsertion du jeune, révèle l'étude.

Les jeunes ayant bénéficié de ce programme ont été contactés une dernière fois, un an après leur suivi par le Centre jeunesse de Montréal. Huit jeunes sur dix considéraient que ce suivi particulier avait eu un impact positif sur leur vie. Des améliorations dans les relations avec les parents, le fonctionnement à l'école ou au travail et l'engagement dans des activités de loisirs prosociales ont été enregistrés, autant de facteurs associés à une diminution du risque de récidive.

L'entrée en vigueur de la LSJPA a sonné le glas du programme de probation intensive. «Dans la loi, c'est au juge de décider qui va profiter du programme. Il n'y a pas d'évaluation de la capacité criminelle et sociale du jeune. Ça ne nous permettait pas de continuer», explique Clément Laporte, responsable du Centre d'expertise en délinquance chez les jeunes.

Nouveau départ

Le Centre jeunesse de Montréal a fini par trouver une échappatoire dans la loi pour répéter l'expérience, mais sous une autre forme. Le suivi intensif différencié (SID) a fait son entrée dans le langage des spécialistes de la délinquance cet automne.

Les jeunes sont maintenant suivis moins longtemps, soit environ six mois au lieu de 9 à 12 mois. Une vingtaine de thérapeutes passent une centaine d'heures sur leur cas pendant les 18 premières semaines de suivi dans la communauté. «C'est une compression de l'intervention dans le temps, mais avec une maximisation de l'utilisation des ressources», explique M. Clermont. Les «cibles» de l'intervention restent les mêmes: les jeunes à risque de commettre des délits graves favorables à l'intervention. Bon an mal an, le Centre jeunesse de Montréal en dénombre une centaine.

Selon Louis-Georges Cournoyer, ce transfert des acquis du programme de probation intensive vers le SID pose un défi de taille. «La LSJPA est en contradiction avec les conclusions des recherches qui indiquent qu'il importe d'apparier les interventions aux caractéristiques des jeunes», explique-t-il. À cet égard, les promesses des conservateurs de Stephen Harper, qui menacent de durcir le ton à l'égard des jeunes, se révèlent «encore plus inquiétantes».
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 8 janvier 2006 09 h 45

    Un système bientôt « harperisé » ?

    Tant d'efficacité dans une province qui menace de briser le Canada attirera sûrement l'attention d'un gouvernement Harper, ce dernier laissant déjà entrevoir comment il entend traiter les jeunes délinquants récidivistes comme des criminels adultes. Mais il a promis de laisser le Québec briller sur la scène internationale.