21 janvier 1961 - Kennedy: que l'Est et l'Ouest recherchent davantage ce qui les unit que ce qui les divise

WASHINGTON. - Le nouveau président des Etats-Unis, M. John Fitzgerald Kennedy, a lancé hier un appel à tous les pays pour qu'ils unissent leurs efforts en vue de sauvegarder la paix, de libérer l'homme de la peur et de contribuer au bien-être de l'humanité dans tous les domaines. Il a en même temps suggéré que les deux 'blocs' recommencent à neuf leur dialogue et recherchent sincèrement une solution aux grands problèmes internationaux.

En dépit de la tempête de neige qui s'était abattue la veille sur Washington, la cérémonie d'investiture s'est déroulée à l'extérieur du Capitole avec toute la pompe traditionnelle [...]. MM. Eisenhower et Nixon ont assisté à l'investiture du président Kennedy et du vice-président L. Johnson.

Fidélité aux alliés

Après avoir prêté solennellement le serment d'office, le 35e président des Etats-Unis a prononcé son discours d'investiture. Rappelant l'héritage sacré de la révolution américaine, le président a dit que les Américains doivent défendre et faire fructifier cet héritage mais voir aussi à ce que la liberté, la sécurité et le bien-être deviennent le partage de tous les hommes.

Pour la défense de la liberté, le monde entier doit savoir que les Etats-Unis n'hésiteront pas à consentir les plus grands sacrifices, qu'ils paieront le prix nécessaire pour assurer la protection de leurs alliés. Cette alliance est quelque chose d'essentiel au monde libre, dit-il: unis à leurs alliés, les E.-U. peuvent entreprendre les plus grands desseins mais séparés d'eux, ils ne pourraient surmonter les grands obstacles qui se dressent.

Puis, le président Kennedy a salué l'entrée dans le concert des nations de nombreux Etats indépendants en leur promettant le concours des Etats-Unis pour consolider leur jeune souveraineté. [...]

Appui à l'ONU

[...] M. Kennedy a d'autre part réaffirmé le plein soutien des E.-U. à l'Organisation des Nations Unies. 'Cet organisme représente l'ultime espoir de paix dans un monde où les possibilités de destruction dépassent énormément les moyens de la paix... Nous ferons tout en notre pouvoir pour que l'ONU ne devienne pas le lieu idéal pour l'échange d'invectives et de défis'. Puis le nouveau président lance un appel qui s'adresse visiblement au monde communiste et en particulier à l'URSS.

Appel au monde communiste

'Enfin, à tous ces Etats qui se proclament eux-mêmes nos adversaires, nous ne faisons pas de promesse, mais une requête: que des deux côtés, nous tentions de rechercher et d'obtenir la paix, avant qu'il ne soit trop tard et avant que les extraordinaires découvertes scientifiques n'aient réussi à détruire accidentellement l'humanité tout entière, ou en partie.

'Nous ne devons pas leur offrir de tentation avec notre faiblesse. C'est seulement lorsque nos armes d'attaque et de défense existeront en nombre suffisant et que tout le monde le saura, que nous pourrons être convaincus sans aucun doute possible que nous ne devrons jamais recourir à leur emploi.

Reprendre le dialogue 'à neuf'

'Toutefois, deux grandes puissances, si fortes soient-elles, ne peuvent se contenter de leur état actuel, car des deux côtés, ces Etats subissent le fardeau coûteux de la fabrication d'armes modernes et ils sont, de plus, continuellement sous l'empire de la crainte inspirée par l'expansion fantastique des recherches sur l'atome.

'Essayons donc de recommencer à neuf, en nous rappelant des deux côtés que les civilités ne sont pas un signe de faiblesse. Ne négocions jamais avec d'autres sans une certaine prudence. Mais n'allons jamais non plus entretenir la crainte de négocier. [...]

'Que des deux côtés on formule des propositions sérieuses et précises sur l'inspection et le contrôle des armes nucléaires. Que des deux côtés on continue les travaux de recherches scientifiques qui permettront au monde de profiter des merveilles des inventions modernes plutôt que de craindre perpétuellement la terreur qu'elles pourraient apporter. Qu'ensemble, nous allions explorer les étoiles, conquérir les déserts, enrayer les maladies, découvrir les profondeurs de l'océan et encourager les artistes et les hommes d'affaires.

Liberté aux opprimés

'Que des deux côtés nous nous unissions pour que soit observé le commandement d'Isaïe 'que les opprimés redeviennent libres'. [...] Que des deux côtés nous nous employions à créer un nouveau monde où la paix existera toujours.

'Tous ces objectifs ne pourront pas être atteints en cent ou en mille jours, ni même pendant le mandat du nouveau gouvernement américain. Ils ne le seront probablement pas d'ailleurs pendant notre vie, mais cela ne doit pas nous décourager de la tâche à entreprendre. Commençons-la maintenant.

Appel aux Américains

'Mes chers concitoyens, c'est dans vos mains plus que dans les miennes, que repose le succès final ou l'échec de cette entreprise. Depuis les origines de notre pays, chaque génération a dû fournir des témoignages de sa loyauté nationale. [...]

'Nous sommes encore appelés à remplir un devoir, à répondre à un appel [...]. Non, il ne s'agit pas de répondre à l'appel de la bataille, bien que nous y soyons toujours engagés d'une certaine façon. Il s'agit d'un appel lancé à tous les Américains pour faire face aux grands problèmes de l'heure et pour continuer la lutte contre les ennemis communs de l'homme: la tyrannie, la pauvreté, la maladie et la guerre.

Appel à tous les hommes libres

'Chers concitoyens, sommes-nous prêts à présenter un front uni et noble du nord au sud, de l'est à l'ouest, contre tous ces ennemis? Sommes-nous prêts à participer à un effort vraiment historique qui aura pour résultat de rendre la vie meilleure pour tout le genre humain?

'Dans la longue histoire du monde, quelques générations seulement ont été appelées à défendre la liberté alors qu'elle était le plus dangereusement menacée. Je ne veux pas me soustraire à la responsabilité qui nous incombe. Je l'accepte avec joie. Je ne crois pas que personne de nous désirerait changer de place avec d'autres gens de notre génération ou d'une autre. L'énergie, le courage, la foi et la persévérance que nous manifesterons à cette cause rehausseront le prestige de notre pays et de tous ceux qui l'habitent. Le rayonnement de notre attitude réussira peut-être à éclairer le monde.

'Alors, mes chers concitoyens américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais bien ce que vous pouvez faire pour lui.

'Quant à vous, mes chers amis du monde entier, ne vous demandez pas ce que l'Amérique peut faire pour vous, mais bien ce que tous ensemble nous pouvons accomplir pour la liberté de l'homme.

'Que vous soyez citoyens des Etats-Unis ou d'autres pays de l'univers, vous avez le droit de nous demander de faire preuve du même esprit de sacrifice et de grandeur que nous réclamons de vous.

Avec la certitude d'une conscience en paix, qui est la seule à apporter vraiment la récompense à nos efforts, et en pensant à l'histoire qui devra juger en dernier lieu de notre conduite, allons de l'avant vers notre but, en nous souvenant que sur cette terre que nous aimons, le travail de Dieu, de Dieu à qui nous demandons de nous bénir et de nous aider, doit être, en vérité, le nôtre.'