Chagrin et colère à Tallmansville

Les médias américains sont sur la sellette pour avoir fait leur une d’hier avec une fausse nouvelle.
Photo: Agence Reuters Les médias américains sont sur la sellette pour avoir fait leur une d’hier avec une fausse nouvelle.

Tallmansville — Chagrin et colère à Tallmansville, en Virginie occidentale, dans l'est des États-Unis: les autorités locales avaient d'abord annoncé mardi soir aux proches des mineurs ensevelis depuis lundi qu'il y avait 12 survivants sur 13, une information fausse et cruellement démentie trois heures plus tard, tôt hier matin: il n'y a finalement qu'un seul rescapé.

Pendant trois heures, les cloches des églises de Tallmansville ont sonné à toute volée pour célébrer l'événement, qualifié de «miracle» par le gouverneur de l'État, Joe Manchin, tandis que journaux et chaînes de télévision répandaient la bonne nouvelle dans le monde.

Puis les familles ont été rappelées pour apprendre «l'horrible vérité», selon les mots du gouverneur. Joe Manchin ainsi que Ben Hatfield, responsable du groupe minier International Coal Group, propriétaire de la mine, ont appris aux familles qu'à la suite de dramatiques confusions et erreurs de communication, 12 des 13 mineurs étaient en fait décédés.

Les douze hommes avaient été repérés plus de 40 heures après avoir été piégés à 80 mètres sous terre par une explosion qui s'était produite lundi dans une mine de charbon.

Un mineur avait été retrouvé mort mardi par 210 mètres de fond, avait annoncé Ben Hatfield. D'après Ben Hatfield, des erreurs d'interprétation et de communication sont à l'origine des informations erronées faisant état de 12 rescapés. Des gens, a-t-il affirmé sans plus de précisions, ont entendu par hasard des conversations téléphoniques, et la nouvelle s'est répandue. En réalité, poursuit-il, les sauveteurs avaient seulement retrouvé les 12 mineurs et vérifiaient s'ils étaient encore en vie.

Deux des membres des familles des victimes disent pour leur part avoir été prévenus par un contremaître de la mine. «La nouvelle s'est répandue comme un feu de brousse parce qu'elle venait du centre de commandement», dit Ben Hatfield. En fait, poursuit-il, il était clair au bout d'une vingtaine de minutes seulement que l'information était fausse.

«L'ICG n'a diffusé aucune information déclarant que les 12 mineurs étaient vivants [...]. Cette information s'est répandue comme une traînée de poudre parce qu'elle provenait du centre de commandement, mais c'était, en fait, une mauvaise information», a-t-il dit.

L'explosion s'est produite lundi matin aux environs de 8h dans la mine Sago, dans le comté d'Upshur en Virginie occidentale, selon Steve Milligan, numéro deux du service des secours du comté. Le seul rescapé, Randal McCloy, a été hospitalisé hier dans un état critique, souffrant de lésions pulmonaires et de déshydratation. Il ne présente pas en revanche de signes d'empoisonnement au monoxyde de carbone ni de séquelles sur le plan cérébral. Il a été placé sous respiration artificielle et les médecins ont bon espoir de le sauver.

D'après Ben Hatfield, le mineur retrouvé mardi matin a apparemment été tué sur le coup par la déflagration. Randal McCloy et ses 11 autres camarades, eux, ont survécu à la déflagration initiale.

Ils sont descendus plus bas dans la mine et ont appliqué les consignes, se barricadant dans une poche en déployant une barrière pour empêcher la propagation du monoxyde de carbone, dont la concentration était mortelle dans les galeries.

Il s'agit de l'un des accidents miniers les plus meurtriers en Virginie occidentale et aux États-Unis depuis 1968; 78 mineurs, dont l'oncle du gouverneur Manchin, avaient alors été tués dans une explosion dans une mine du comté de Marion, à une heure de route de Tallmansville.

Pourquoi avoir attendu trois heures pour prévenir les familles? Les différents responsables concernés voulaient être sûrs de la véracité de l'information avant d'infliger un nouveau choc aux familles, a dit Ben Hatfield. Selon Nick Helms, fils d'un des mineurs décédés, «il n'y a pas eu d'excuses, rien».

Des échauffourées ont éclaté dans l'église où les familles des victimes avaient été réunies pour être informées. Les policiers sont intervenus pour maîtriser un homme qui s'en prenait violemment à des responsables de la mine. «Erreur de communication, vous entendez cela?», a crié un homme furieux.

Dans la foule, une jeune femme en larmes a lancé: il y a eu «208 violations de la sécurité» dans la mine, «ils ne peuvent même pas la fermer pour la sécurité de notre famille et ils nous disent que nos familles vont sortir en vie. En fait, un seul s'en sort et les autres sont morts. Ce n'est pas juste», a-t-elle déclaré d'un trait, s'étranglant dans ses sanglots. «J'appelle ça de l'injustice et je vous dis, ici et maintenant, que je vais porter plainte», a renchéri une autre femme furieuse, citée par Fox News. «Aujourd'hui, notre nation est en deuil», a déclaré hier le président George W. Bush, en présentant ses «prières et ses sincères condoléances» aux familles des mineurs décédés. La Maison-Blanche a promis une enquête pour «déterminer la cause de cette tragédie», réfutant l'allégation que l'administration néglige la sécurité des mineurs.

Les médias américains sont aussi sur la sellette pour avoir fait leur une d'hier avec la fausse nouvelle de la survie miraculeuse des mineurs.

«Vivants!», titraient hier les journaux populaires New York Post et New York Daily News. «Douze mineurs retrouvés vivants 41 heures après l'explosion», proclamait aussi le vénérable New York Times.

D'après Associated Press et l'Agence France-Presse