Retour au travail à la station Mont-Tremblant

C'est toute une région touristique qui a poussé un soupir de soulagement hier, alors que les employés de la station Mont-Tremblant se sont prononcés à 71,55 % en faveur d'un retour au travail. Les 1500 syndiqués de la CSN et la direction d'Intrawest ont en effet accepté la proposition du conciliateur nommé par le gouvernement du Québec, qui comprend notamment un contrat de travail d'une durée de cinq ans, des augmentations salariales de 16 % et la création d'un régime de retraite dès janvier 2008.

Le retour au travail, qui doit se faire progressivement à partir demain, ne représente toutefois pas une victoire totale pour le syndicat, qui souhaitait plutôt conclure une convention d'une durée de trois ans. «Dans l'ensemble, nous sommes un peu tièdes», a souligné hier le président du syndicat des travailleurs et travailleuses de la station Mont-Tremblant, Benoît Filion. La partie patronale «a eu gain de cause sur la durée de la convention», a-t-il expliqué.

Ce dernier a ajouté que les pourparlers ont débouché sur un statu quo en matière de sous-traitance, alors que le syndicat tenait à en améliorer l'encadrement, ce qui représente selon lui une bonne nouvelle pour la direction. Il a aussi décrié le fait que la question de la précarité d'emploi ne fait pas partie de la proposition déposée par le conciliateur. Le président salue tout de même la «bonification» du nombre de journées de vacances, même si cette mesure ne prendra effet qu'à partir de 2008.

Le syndicat, qui avait choisi de n'émettre aucune recommandation aux grévistes, se réjouit surtout de voir se concrétiser la création d'un fonds de pension, même s'il ne sera mis sur pied qu'à la troisième année de la convention, soit en 2008. «Pour nous, c'était central et c'est une belle victoire», a affirmé M. Filion. Il se dit aussi heureux des augmentations salariales, qui seront de l'ordre de 3 % pour chacune des quatre premières années du contrat de travail, puis de 4 % la dernière année. Selon lui, la priorité est maintenant de «s'assurer que la cohésion du syndicat demeure forte», malgré un conflit qui a duré près de trois semaines. Durant le conflit, le syndicat a été malmené par certains grévistes, qui l'accusaient de ne pas les informer adéquatement.

La partie patronale est soulagée

La direction de la station Mont-Tremlant, propriété de la multinationale Intrawest, est heureuse de voir se terminer un conflit qui dure maintenant depuis le 17 décembre. D'autant plus que la grève a entraîné «des pertes de centaines de milliers de dollars chaque jour», a affirmé hier la porte-parole de l'entreprise, Lyne Lortie. «Nous sommes heureux de voir que le conciliateur a bien travaillé, tout en respectant le cadre financier dont nous disposons», a-t-elle expliqué, ajoutant que «les employés ont bien compris» la situation de leur employeur.

La priorité de la direction est maintenant d'organiser un retour au travail harmonieux, selon Mme Lortie. Celle-ci a affirmé que le plan de reprise des activités sera immédiatement mis en branle. «Si tout se déroule comme prévu, nous devrions avoir retrouvé notre rythme habituel d'ici peu. Il reste maintenant à espérer que nous pourrons récupérer une certaine partie des visiteurs qui avaient annulé leur séjour en raison du conflit.» Actuellement, 52 des 94 pistes sont ouvertes et «nous prévoyons en ouvrir davantage d'ici quelques jours», a-t-elle expliqué. Elle prévoit que le complexe récréo-touristique aura repris sont rythme normal, ou presque, cette fin de semaine. Lyne Lortie rappelle que plusieurs clients se sont plaints et certains ont carrément «fait savoir qu'ils ne reviendraient pas à Tremblant».

Cette entente est également une excellente nouvelle pour l'économie de la région, qui a dû composer avec un temps des Fêtes beaucoup moins profitable que les années précédentes. «La station Mont-Tremblant est le moteur économique de la région et environ 80 % des emplois de la région sont liés directement ou indirectement au tourisme», a expliqué le président de la chambre de commerce de Mont-Tremblant, Marc Lamoureux. Heureux de voir que la grève connaît enfin son dénouement, il a précisé que la période des Fêtes est habituellement la plus achalandée de l'année dans la région. Les sommes perdues sont donc irrécupérables, selon lui.

Même s'il considère qu'il est encore trop tôt pour faire une évaluation des pertes encourues à cause du conflit, celles-ci pourraient atteindre entre 20 à 30 % du chiffre d'affaires habituel de la station, selon Mme Lortie. La montagne, les hôtels et les commerces indépendants du village piétonnier fonctionnaient au ralenti depuis le 17 décembre, alors que l'achalandage a diminué de moitié par rapport aux autres années. Même si les opérations ont été maintenues à environ 50 % en raison du travail de 200 cadres, «il faudra une campagne de marketing agressive» pour ramener les touristes sur les pentes de ski, selon M. Lamoureux. Les touristes qui sont allés ailleurs pourraient ne pas revenir, craint-il.

Par ailleurs, le manque à gagner est attribuable non seulement à la diminution du nombre de touristes, mais aussi au fait que les employés de la station Mont-Tremblant comptent à eux seuls pour 15 à 20 % des travailleurs de la région. Le conflit a d'ailleurs eu un «impact immédiat sur les entreprises de services», a souligné M. Lamoureux.

Hier, près de la moitié des grévistes s'étaient déplacés à l'assemblée générale tenue à l'Hôpital de L'Annonciation, soit plus de 850 employés. Sans contrat de travail depuis le 31 octobre, les 1500 syndiqués de la CSN à Mont-Tremblant avaient d'abord déclenché une grève de 24 heures, avant de la changer en débrayage général illimité. Leurs moyens de pressions s'inscrivaient dans le cadre de négociations du secteur de l'hôtellerie qui ont débouché sur 27 ententes depuis le début de l'été un peu partout en province. Le syndicat demandait un contrat de travail de trois ans comprenant des augmentations salariales de 11 %. La partie patronale, qui a souvent affirmé que les demandes des syndiqués ne tenaient pas compte de la réalité financière, suggérait plutôt un contrat de cinq ans et des hausses de 16,5 %.

La reprise du travail est évidemment salutaire pour la multinationale Intrawest, qui a lancé en août 2004 les phases de développement III et IV de son complexe touristique, un projet qui doit s'échelonner sur dix ans et coûter la rondelette somme de 1 milliard de dollars. La station d'Intrawest, la plus grosse de l'est de l'Amérique du Nord, reçoit chaque hiver près de 1,1 million de visiteurs et les Québécois comptent pour 20 % de cette clientèle, selon la direction. Les deux groupes les plus nombreux sont les Ontariens et les Américains, avec 35 % chacun. Les touristes d'outre-mer comptent pour 10 %.