Un Algérien aveugle se réfugie dans une église de Pointe-Saint-Charles

Aveugle, diabétique, sans travail ni famille, Abdelkader Belaouni, un Algérien musulman, a trouvé refuge dans une église catholique du quartier Pointe-Saint-Charles, son dernier espoir d’échapper à l’expulsion vers les États-Unis.
Photo: Annik MH de Carufel Aveugle, diabétique, sans travail ni famille, Abdelkader Belaouni, un Algérien musulman, a trouvé refuge dans une église catholique du quartier Pointe-Saint-Charles, son dernier espoir d’échapper à l’expulsion vers les États-Unis.

Abdelkader Belaouni a commencé l'année 2006 sans réjouissances. Pendant que d'autres fêtaient, il s'est réfugié dans une église du quartier Pointe-Saint-Charles, son dernier espoir d'échapper à l'expulsion.

Le sans-statut d'origine algérienne a épuisé tous ses recours légaux pour rester au Canada, après un séjour d'un peu moins de trois ans. Aveugle, diabétique, sans travail ni famille, M. Belaouni n'a pas été en mesure de convaincre les autorités du bien-fondé de sa demande pour obtenir le statut de réfugié. Son renvoi vers les États-Unis est prévu pour demain, avant un ultime renvoi en Algérie lui inspirant une crainte mortelle. «Je ne doute pas une seconde que je suis en danger», a-t-il dit hier.

Le père Jim MacDonald a accepté d'ouvrir la porte du presbytère à Belaouni parce qu'il ne disposait plus d'autres alternatives que la fuite. «J'y a pensé beaucoup avant de dire oui et j'ai perdu un peu de sommeil. Mais j'en perdrais encore plus si Abdelkader devait être déporté», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'église de la rue Centre.

La scène avait quelque chose de surréaliste: un musulman a trouvé l'asile dans une église catholique irlandaise, et non pas une mosquée. Abdelkader Belaouni habite le quartier Pointe-Saint-Charles, où il s'est fait de nombreux amis. Sa vie est ici. Il n'a pu trouver de travail à Montréal en raison de son handicap, mais il a exercé des activités bénévoles pour l'Association multiethnique pour l'intégration des personnes handicapées.

Des appuis

Épicier dans une autre vie, Abdelkader Belaouni a fui l'Algérie à 28 ans. Des membres du Groupe islamique armé (GIA) exigeaient de lui une contribution financière pour leurs activités terroristes. On lui a dit qu'il avait le choix de «payer ou mourir». Il a mis les voiles, direction les États-Unis, où il est demeuré cinq ans. Après les attentats du 11 septembre 2001, des agents du Service de naturalisation et d'immigration (INS) l'ont rencontré lors d'une entrevue qu'il a jugée humiliante et stressante. Il a pris le large avant sa deuxième rencontre avec l'INS.

Le 23 mars 2003, Abdelkader Belaouni passait la frontière canado-américaine et il réclamait le statut de réfugié. Des inconsistances entre les propos qu'il a tenus lors de son passage aux douanes, lors d'une entrevue avec un agent d'immigration et dans une demande officielle lui ont valu un revers de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié. Comme la Cour fédérale s'est abstenue de réviser cette décision, son dossier demeure confidentiel.

En raison de son départ expéditif des États-Unis, Abdelkader Belaouni craint d'y être emprisonné et interrogé pour une durée indéterminée en cas de renvoi. Il a reçu l'appui inconditionnel du groupe Solidarité sans frontières et de plusieurs organismes soulignant son intégration à la société québécoise. Dans un ultime recours, il a tenté de rester au pays pour des considérations d'ordre humanitaire, mais comme il n'avait pas de famille et de travail, il a essuyé un autre refus. Solidarité sans frontières juge la situation aberrante. Abdelkader Belaouni n'a pu bénéficier des programmes de subvention pour l'intégration des handicapés au travail parce qu'il n'avait pas de statut au Canada.