Pierrefonds - Le projet immobilier des rapides du Cheval Blanc est amputé de moitié

L'administration Tremblay a coupé la poire en deux dans le dossier des rapides du Cheval Blanc. Il s'est entendu avec le promoteur pour que celui-ci sacrifie la moitié de son projet immobilier prévu en lieu et place d'un magnifique secteur boisé ainsi que d'une zone inondable.

La Ville de Montréal a mis un terme ces derniers jours aux discussions qu'elle tenait avec le promoteur Hershey Rose, lequel a des visées sur la plaine inondable de Pierrefonds. Ainsi, l'administration Tremblay a réussi à convaincre le promoteur de laisser tomber une partie du projet qu'il souhaitait réaliser sur un vaste terrain situé en bordure des rapides du Cheval Blanc

Le promoteur en question avait en effet l'intention d'ériger deux tours à logements ainsi que nombre de maisons unifamiliales là où trône actuellement le boisé des rapides du Cheval Blanc. Au total, 360 logements devaient ainsi voir le jour aux dépens d'un peu plus de la moitié du boisé de 12 hectares.

Pour ce faire, M. Rose avait en mains presque toutes les permissions nécessaires, autant celles de l'ex-Ville de Pierrefonds que celles du gouvernement fédéral et de l'ex-Communauté urbaine de Montréal. Même la Ville de Montréal, le 30 mai dernier, avait fait passer sous le coup du bâillon un changement de zonage autorisant la construction des centaines de condos.

Mais pour poser «le premier jalon de sa politique de protection des espaces verts», la Ville a dû reculer dans ce dossier. En ce sens, elle a réussi à trouver un compromis avec M. Rose. Selon l'entente déposée hier soir au conseil municipal, le promoteur pourra aller de l'avant avec les deux premières phases du projet — la première consiste en la construction de 55 cottages et la deuxième, en l'érection de deux bâtiments contenant au total 96 appartements.

Ces bâtiments seront construits dans un champ sur remblai à bonne distance des berges afin de laisser intacte une zone inondable et un boisé dont la valeur écologique a été attestée par la Ville. Chaque arbre coupé, parce qu'il y en aura tout de même un bon nombre, devra être remplacé par le promoteur.

Par ailleurs, l'entente entre les deux parties prévoit l'annulation de la phase III du projet, soit les deux tours à logements d'une dizaine d'étages que le promoteur avait l'intention de construire directement en bordure de l'eau. Le terrain visé était un remblai décrété zone constructible même s'il empiétait sur la bande riveraine. En outre, le sentier menant aux tours aurait été pavé en pleine zone inondable.

«Cela nous permettra de prolonger la continuité du corridor constitué d'espaces verts tout le long de la berge», s'est félicité le responsable du développement durable au comité exécutif, Alan DeSousa.

Mais puisque dans toute entente entre deux parties il y a un échange, la Ville devra acheter lesdits terrains. Un évaluateur devra fixer un prix dans le prochain mois. Si la Ville n'est pas satisfaite, elle échangera les terrains en bordure de l'eau pour des terrains équivalents ailleurs sur l'île.

Enfin, pour la phase IV, l'entente prévoit un gel du projet (dont la nature n'avait pas encore été arrêtée) le temps que les fonctionnaires municipaux se penchent sur la valeur du boisé inondable qui disparaîtrait.

Pour le chef de l'opposition, Pierre Bourque, la décision de la Ville est très bonne. «C'est une grande victoire pour nous et pour les Montréalais», a dit celui qui a alerté l'administration et les médias sur les conséquences environnementales néfastes du projet. Cela dit, M. Bourque ne croit rien de la clause de l'entente qui prévoit le remplacement de tous les arbres coupés par de nouvelles plantations. «C'est une farce. Une forêt qui possède une certaine intégrité ne peut être remplacée par des arbres horticoles», a-t-il dit.