Hells Angels - Un premier juré est retenu au mégaprocès

Les avocats de la défense ont collaboré comme le souhaitait le juge Réjean Paul, si bien qu’on a pu choisir un premier juré après l’interrogatoire de 72 candidats.
Photo: Jacques Nadeau Les avocats de la défense ont collaboré comme le souhaitait le juge Réjean Paul, si bien qu’on a pu choisir un premier juré après l’interrogatoire de 72 candidats.

L'impossible s'est concrétisé, hier, au procès de 13 présumés membres ou associés des Hells Angels, avec la sélection d'un premier membre du jury, une assistante dentaire de 33 ans choisie dans le plus grand souci du détail.

Au total, 72 candidats potentiels ont défilé devant le juge Réjean Paul pour être scrutés à la loupe par les avocats des deux parties. L'avocat de la défense Gilles Doré, qui se distingue par sa propension à soulever des points de droit, n'importe lesquels, avait même traîné ses binoculaires pour l'occasion. Il a chipoté un peu quand le juge Paul a identifié le procureur André Vincent par son titre complet (substitut en chef du procureur général) auprès des candidats. Selon lui, cette présentation risquait de conférer à Me Vincent «une crédibilité accrue» auprès des jurés potentiels et d'influencer leur opinion par le fait même.

«Qu'on arrête de s'indigner, a lancé Me Vincent, excédé par tant de facéties. Il y a 289 années d'expérience du côté de la défense, et nous [les trois procureurs de la Couronne], nous en avons 34. Arrêtez de nous écraser, s'il-vous-plaît.»

Mis à part cet accrochage, la sélection du jury s'est déroulée bon train. Même le juge Paul a fini par le reconnaître. «C'est à un degré de satisfaction inégalé jusqu'à maintenant», a-t-il dit à la mi-parcours.

Le juge avait explosé de colère, la semaine dernière au palais de justice de Montréal, quand les avocats de la défense s'étaient concertés pour retarder au maximum le processus de sélection. Sept candidats avaient pu être passés en revue en deux heures, une situation «d'un ridicule consommé», avait lancé M. Paul. Il a repris l'exercice à zéro hier matin dans les nouvelles salles aménagées sur le terrain de la prison de Bordeaux.

Les candidats se sont d'abord rendus au palais de justice de Montréal, où le juge Paul leur a donné les instructions d'usage par vidéconférence. Les candidats ont par la suite été transportés au Centre de services judiciaires Gouin à bord de deux autobus loués 900 $ chacun pour la journée.

Sur un tableau de 170 personnes, 20 ne se sont jamais présentées et 78 autres ont demandé une exemption pour différents motifs: études à temps plein, voyage imminent, précarité au travail, pertes financières trop importantes, etc. Dans la très grande majorité des cas, le juge a retourné ces candidats à la maison comme ils le réclamaient.

Une fois complétée cette étape d'élimination naturelle, il restait un bassin de 72 candidats potentiels, tous volontaires pour cette cause de grande envergure. Vingt-cinq d'entre eux ont été déclarés partiaux, trois autres ont été exemptés. La Couronne a par ailleurs récusé dix candidats, contre 33 pour la défense. Chacune des parties a le droit de refuser un total de 260 jurés potentiels sans qu'elle soit obligée de se justifier. Les avocats disposent d'informations minimales pour arrêter leur choix: âge et profession.

La Couronne recherchait des candidats instruits, occupant des fonctions dans le secteur tertiaire. Elle a rejeté en bloc tous les assistés sociaux, les jeunes et les travailleurs dits «manuels», comme ces employés d'usine ou manoeuvres. La défense a pour sa part exclu des candidats de tous les horizons. Difficile de tirer des conclusions sur la ligne de conduite de ces douze avocats. Pour le moment, ils semblent déterminés à épuiser toutes leurs récusations péremptoires comme le leur permet la loi, tout en évitant de ralentir inutilement l'exercice de sélection qui reprend ce matin. Et le lendemainÉ Et ainsi de suite jusqu'à la constitution d'un jury de 12 citoyens neutres et impartiaux.