Scandale des commandites - Paul Coffin commence à purger sa sentence à l'université McGill

Paul Coffin à son arrivée à l’université McGill où il a raconté sa triste expérience en affaires.
Photo: Jacques Nadeau Paul Coffin à son arrivée à l’université McGill où il a raconté sa triste expérience en affaires.

Paul Coffin a été plongé dans un silence d'une dizaine de secondes hier lors de sa toute première conférence devant des étudiants de McGill. Les larmes lui sont montées aux yeux avant que ne lui revienne la parole.

Le publicitaire a passé les 90 minutes suivantes à éveiller les étudiants en administration aux périls de la gestion frauduleuse. Il avait apporté pour ce faire un panneau débordant de coupures de presse condamnant sa conduite dans le cadre du scandale des commandites. «Elles me suivront à vie», a-t-il dit. Sa réputation est ruinée à jamais.

M. Coffin n'était pas là pour se plaindre mais pour enjoindre les entrepreneurs de demain de «suivre une ligne droite» en affaires et de n'en dévier sous aucun prétexte, même si la tentation est forte. Il a souligné à quel point il est facile de tomber dans le vice comme il l'a fait, en détournant 1,56 millions de dollars en fonds publics grâce aux commandites fédérales, sans toutefois passer un seul jour en prison. Il a comparé le programme à un pot à biscuits sans fond ni couvercle dans lequel il s'est servi à satiété.

M. Coffin a remis un million et s'est engagé à livrer des conférences sur sa dérive personnelle avant d'être condamné par la justice à une peine avec sursis et un couvre-feu. La Faculté d'administration de McGill a accepté son offre durant l'été, car il s'agit d'un cas intéressant dans lequel la théorie de l'éthique des affaires entre en confrontation avec l'expérience vécue. Le programme vise à développer les aptitudes de l'étudiant à exercer son jugement et à gérer les dilemmes éthiques de façon appropriée. C'est dans cette optique que les étudiants sont encouragés à examiner aussi bien les succès que les échecs des gens d'affaires.

La presse a été tenue à l'écart de ce happening sur le campus. Des agents de sécurité contrôlaient l'entrée des étudiants tels des douaniers du savoir. Seuls les étudiants inscrits au cours d'introduction au comportement organisationnel ont pu entrer.

Meghna Bajaj ne regrette pas un seul instant d'avoir assisté à la conférence de M. Coffin. «Il est vraiment déçu de lui-même et de ce qu'il a fait dans le passé. Il a presque commencé à pleurer», a-t-elle dit. Elle juge Coffin sincère et ses conseils, utiles. À partir de son propre exemple, le publicitaire a démontré comment il est facile de sacrifier 30 ans de réputation en affaires pour une poignée de dollars. Un sacrifice coûteux et irréparable.

«Tout revient à une question d'argent. De l'argent facile», a renchéri Jerry, un autre étudiant. «Par contre, il assume la responsabilité de ses gestes.»

En prison!

M. Coffin a sa place en prison, pas sur les bancs d'école. La peine avec sursis et le couvre-feu imposés au publicitaire ne sont pas reconnus par les étudiants qui ont été privés du privilège d'entendre ses explications. «Des gens comme lui devraient se retrouver derrière les barreaux plutôt que dans les écoles», a lancé Paul Beaudry, étudiant en droit de l'Université de Montréal.

Un comité d'accueil formé d'une dizaine de personnes scandait: «Coffin en prison!» lors de l'arrivée et du départ en trombe du publicitaire. Ils brandissaient des pancartes aux messages sans équivoque, dont la colère était allégée par une touche d'humour. «Les vrais professeurs n'ont pas de couvre-feu», disait l'un d'eux.

Une poignée de jeunes conservateurs figurait parmi les protestataires les plus volubiles. «Paul Coffin n'est pas la personne la mieux qualifiée pour parler d'éthique publique», a dit Daniel King, président de l'Association des jeunes conservateurs de McGill. Selon lui, l'université a pris une bien mauvaise décision d'affaires en ouvrant ses portes à Coffin.