Une grande mosquée verra le jour si Montréal, Québec et Ottawa y investissent

L'imam de la mosquée montréalaise Al-Qods, Saïd Jaziri, et les quelque mille fidèles qui la fréquentent caressent un rêve de grandeur: construire une grande mosquée suivant l'architecture arabe dans le centre-ville de Montréal, sur un terrain qui lui serait cédé par la Ville.

Le projet de plus de 20 millions serait financé en majeure partie par l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes, à conditions que les différents paliers de gouvernement ici embarquent dans le train. «Avec le problème du terrorisme à travers le monde, ils disent que si nous n'avons pas d'accord politique, ils ne vont pas donner», explique l'imam, qui évalue la part des pays du Golfe à environ 75 % du financement du projet.

Plusieurs grandes villes telles Londres, Paris et Chicago disposent déjà de grandes mosquées. «Pourquoi pas Montréal avec ses 200 000 musulmans?», lançait hier l'imam Saïd Jaziri en plaidant vigoureusement hier en faveur de son projet devant quelques journalistes et des centaines de fidèles réunis après la prière du vendredi.

Avec une capacité d'accueil de 3000 personnes, une salle de conférence et une bibliothèque islamique bien garnie, l'édifice avec son grand minaret faciliterait, selon lui, «l'accès des citoyens québécois à cette religion. Ainsi, on apprendra mieux à connaître les musulmans et on aura moins de préjugés envers eux», fait valoir M. Jaziri en soulignant que sa communauté souffre du regard négatif qui se pose sur lui à cause du «problème complexe du terrorisme». «Il est du devoir des musulmans de s'exprimer et de présenter la réalité des choses», poursuit l'imam.

Le sort de ce rêve repose maintenant entre les mains de la Ville de Montréal. Si elle acceptait de céder gratuitement un terrain du centre-ville, on se retournerait alors vers Québec et Ottawa, en leur demandant de verser une somme équivalant à la valeur du terrain.

«Un non de la part de la Ville sera un avortement de ce beau rêve. [...] Un non sera basé malheureusement sur des préjugés et si c'est le cas, notre devoir sera de faire plus d'effort pour convaincre les responsables politiques de notre bonne volonté d'intégration», affirme M. Jaziri, qui a rencontré le directeur des communications et de l'administration de l'administration Tremblay le mois dernier.

Au cabinet du maire, on confirme que la rencontre a bel et bien eu lieu le 16 août dernier, mais on note qu'aucun document écrit n'a été présenté. Une première vérification dans les archives a révélé qu'il n'y a pas de précédent en la matière. «Nous n'avons pas trouvé de trace que la Ville ait déjà cédé un terrain pour un lieu de culte», observe le directeur des communications Bernard Larin, précisant que le dossier est toujours à l'étude et qu'une réponse devrait être transmise à l'imam au cours des prochaines semaines. «Nous sommes à évaluer la recevabilité de la demande.»

Si l'adhésion des fidèles de la mosquées Al-Qods ne faisait pas de doute, comme en témoignait la présence de centaines d'hommes à la présentation de leur imam, l'appui n'est cependant pas acquis dans l'ensemble de la communauté. «J'ai beaucoup de réserves», dit d'emblée Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal qui regroupe quelque 35 mosquées. «Il est inacceptable de demander de céder des terrains publics et du financement provenant des taxes des contribuables pour financer une mosquée», fait-il valoir.