Montréal veut développer une culture de l'esthétique dans le bâtiment

La Ville de Montréal désire porter une attention particulière au design des projets de développement sur son territoire, dans l'espoir d'améliorer les qualités esthétiques des nouveaux bâtiments. Son plan d'action en design, dévoilé jeudi, prévoit notamment la création d'une équipe d'experts en la matière pour accompagner et sensibiliser les gestionnaires de projets ainsi que les arrondissements qui examinent les demandes de permis soumises par les promoteurs. Mais juger du beau et du laid demeurera toujours une question délicate.

«Il faut développer cette culture de l'esthétique, de l'approche artistique, créative et innovatrice chaque fois qu'il y a une intervention en urbanisme», explique Stéphane Harbour, responsable de l'urbanisme au comité exécutif. Selon le plan dévoilé jeudi, une personne dans chaque arrondissement sera également désignée pour traiter cet aspect des dossiers localement.

Les travaux du comité seront supervisés par l'actuelle commissaire au design, Marie-Josée Lacroix, à laquelle se joindra une équipe d'experts. Prévu pour être implanté graduellement à partir du 1er janvier 2006, le projet représente des coûts de 1,2 million de dollars.

Si la Ville a bien des ambitions, notamment celle de propulser Montréal parmi les grandes villes de design dans le monde, elle n'imposera pas de contraintes puisque tant les arrondissements que les promoteurs seront libres de faire appel aux services de ce comité.

Il faut savoir qu'à la suite des fusions municipales, les arrondissements ont hérité de l'ensemble des procédures d'approbation des projets de construction, petits et grands, et du même coup, c'est à eux de juger des qualités esthétiques des projets qui leur sont soumis tout en tenant compte, pour certains secteurs, des contraintes liées à la protection du patrimoine.

Si M. Harbour n'a aucune peine à citer le Quartier international de Montréal comme réussite en matière de design, il demeure prudent quand vient le temps de nommer un cas à ne pas imiter. Il refuse d'ailleurs de se prononcer sur l'esthétique du nouveau pavillon de l'UQAM, qui a été construit sans permis rue Sherbrooke et dont la façade de verre alimente la controverse. «Tous les goûts sont dans la nature. Moi, je ne trouve pas forcément que c'est une horreur ou nécessairement une réussite», résume-t-il.

Dans l'arrondissement de Ville-Marie où sont examinés chaque année plusieurs projets d'envergure, la proposition de la Ville centrale est bien accueillie. «Je vais être le premier à dire: n'importe quand. Travaillez avec nous systématiquement», explique Robert Lamarée, conseiller de Saint-Jacques et président du Comité consultatif d'urbanisme (CCU) chargé d'examiner les demandes de permis. «Si on peut travailler avec des gens qui nourrissent nos esprits, nos yeux et nos analyses, moi je n'ai pas trop de problème avec ça.»

Car l'appréciation des qualités esthétiques des bâtiments, présentés sur papier, constitue un exercice difficile. Les projets de l'UQAM, qu'il s'agisse du pavillon de biologie, de celui de la Télé-Université (TELUQ) ou des résidences étudiantes, ont alimenté de longues discussions au sein du comité avant qu'ils ne soient approuvés. Aujourd'hui, si la façade verte de TELUQ et le pavillon de biologie lui plaisent, Robert Laramée n'apprécie pas l'aspect des résidences éudiantes. «Le design, c'est de l'interprétation. Tu aimes ou tu n'aimes pas.»