Habitation - Vivre autrement

Gros plan sur le travail de l’architecte Pierre Thibault, qui fait la preuve que l’originalité a ses avantages et qu’il est possible de vivre hors des formules toutes faites. — Photo: Alain Laforest
Photo: Gros plan sur le travail de l’architecte Pierre Thibault, qui fait la preuve que l’originalité a ses avantages et qu’il est possible de vivre hors des formules toutes faites. — Photo: Alain Laforest

Géographiquement, à tout le moins, on le sait: le Québec est en Amérique. Mais quand il s'agit de la manière de faire les choses, on admet cependant moins facilement que le modèle américain déteint sur nos façons de nous conduire. Si en certains domaines le Québec affiche son caractère distinct — dans les affaires syndicales notamment, où ce n'est pas par hasard que nos grandes centrales osent affronter un géant comme Wal-Mart et fassent ainsi en sorte que Jonquière se retrouve à la une des grands quotidiens de tout le continent —, quand il est question d'habitation, les habitudes et les réflexes sont les mêmes que ceux de nos voisins du sud.

Ainsi, s'il y a planification, c'est celle qu'un entrepreneur veut bien donner à un nouveau quartier en développement, et ce, en accord avec les autorités municipales qui répondent à ses besoins en eau et autres services de base. On a pu constater le résultat d'une telle situation lors de la crise du verglas de l'autre siècle: pour sauver 3000 $ par résidence, il n'avait donc jamais été question d'enfouir les fils électriques et les maisons neuves, de Boucherville plus particulièrement, se sont retrouvées privées de courant pendant une longue période.

Donc, impossible ici d'avoir des quartiers comme à Paris, où l'urbaniste Haussmann avait imposé un code du bâtiment; au mieux, la hauteur des édifices sera réglementée. Pour le reste, impossible de voir des villes soumises à des contraintes de design ou à un souci architectural, comme on peut en voir dans une exposition toujours en cours, celle qui affiche Tel-Aviv en tant que «ville blanche» au Centre de design de l'UQAM. Au Québec, la construction est directement dépendante de celui ou celle qui paie.

Solution industrielle

La maison québécoise est souvent le fait d'une solution imaginée par un petit entrepreneur. Il y a bien sûr des modes: combien de résidences, celles construites surtout dans les années 1980 et 1990, ne se retrouvent-elles pas ainsi avec des salles de bain de taille démesurée, affublées d'un bain-podium annexé à une grande douche, le tout sur un vaste carrelage obligeant à une longue marche jusqu'au lavabo?

Pour le reste, on pourrait croire que la banalité est de mise. Faisait d'ailleurs ainsi figure d'original qui lisait le catalogue Viceroy avant de choisir la maison qu'il dira de ses «rêves». Il faut dire que le préusiné a ses avantages, en regard des coûts et de la qualité de construction.

C'est d'ailleurs ce qu'ont compris les dirigeants des Maisons Bonneville, eux qui sont des intervenants de première ligne du secteur. Là où l'entreprise cherche toutefois un plus, c'est dans le souci d'inventer une nouvelle formule. Dans ce cas, ce n'est pas un architecte, mais un designer qui a été mis à contribution: a-t-on choisi Jean-Claude Poitras pour son talent ou par souci publicitaire? Qui visitera cette «casa» au Salon Maison et tendances aura à trancher la question.

Souci architectural

Pourtant, le Québec ne manque pas d'architectes. Et de qualité, en plus. Il est donc possible, comme l'a fait la personne qui a contacté Pierre Thibault, de demander avis et de commander un projet qui corresponde à ses besoins, voire à ses désirs, et ainsi de se retrouver dans une véritable maison qui soit réellement pensée et conçue pour soi.

On connaît la résistance première qui empêche une telle initiative: les coûts d'un tel projet. On sait l'autre objection: faire affaire avec l'«ego» d'un artiste. Car on ne voudrait ni subir le discours d'un Le Corbusier, ni assumer les rêves de grandeur d'un Frank Lloyd Wright.

Pourtant, à voir les seules photos de la réalisation de l'architecte de Québec, on se dit que c'est là un lieu où on aimerait vivre. Voilà bien la preuve que l'originalité a ses avantages et qu'il est possible de vivre hors des formules toutes faites.

En fait, si un autre des architectes nommés ci-dessus, le Français, disait que la maison est une «machine à habiter», il n'est pas pour autant imposé de vivre dans une «machine».

Toutefois, se distinguer de ce qui est «tendance» demandera toujours quelque effort.