Des associations de locataires sont en colère - Montréal vend à rabais 42 logements abordables

Le comité exécutif a autorisé la vente, à un promoteur privé, de 42 logements abordables appartenant à la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM) dans le secteur de Rivière-des-Prairies, et ce, sans appel d'offres et à un prix équivalant à 60 % de l'évaluation municipale.

La décision, prise le 17 août dernier, suscite la colère du Regroupement des comités logements et associations de locataires du Québec (RCLALQ), qui s'étonne qu'on n'ait pas offert aux locataires de transformer ces logements en coopératives d'habitation dont ils auraient été collectivement propriétaires.

«Les élections s'en viennent et [l'administration Tremblay] se vante d'être bien fière de ses réalisations en habitation, puis là en cachette ils font des coups dont il n'y a pas de quoi être fier. On voudrait que cela demeure une propriété publique ou qu'on transforme ces bâtisses en logements sociaux, tout dépendant du choix des locataires», fait valoir le porte-parole du RCLALQ, André Trépanier. Il précise que les groupes de ressources techniques (chargés de développer des coopératives d'habitation) du secteur n'ont pas été approchés pour mettre au point un projet, pas plus que le comité logement Info-Logis.

Selon le RCLALQ, le loyer de ces cinq-et-demi et six-et-demi varie de 508 $ à 525 $, chauffage inclus, alors que le loyer moyen dans l'arrondissement pour des logements de cette taille est plutôt de 625 $.

Ironie du sort, cette vente survient dans le district électoral du responsable de l'habitation à la Ville de Montréal, le conseiller Cosmo Maciocia. La résolution adoptée à l'unanimité le 17 août dernier autorise la SHDM à vendre pour une valeur de 950 000 $ les trois bâtiments «au profit de Me Philippe Canning, en fidéicommis pour une compagnie à être formée ou désignée».

Du côté de la Ville de Montréal, l'attaché de presse de M. Maciocia, Jean-Jacques Bohémier, était incapable de préciser hier pour le compte de quelle entreprise agissait Me Canning.

Il assure cependant que l'offre de 950 000 $ équivaut à la valeur marchande des trois immeubles, telle que validée par la firme Raymond Chabot Grant et Thornton, même si l'évaluation municipale fixe sa valeur à 1,6 million.

Il souligne également que l'OSBL qui gère ces logements, SOS OSBL, n'était pas intéressée à en faire l'acquisition, même à un coût inférieur à celui qui sera payé par le promoteur.

Quant à la possibilité de créer une coopérative ou d'approcher d'autres OSBL, elle a été écartée. C'est que la SHDM avait acquis ces logements vers la fin des années 1980, après qu'un projet de coop eut échoué, et qu'on ne jugeait pas le projet viable, explique M. Bohémier. «C'est un secteur dur. [...] Ce n'est pas un secteur où les gens veulent s'établir à long terme», justifie M. Bohémier, notant que l'organisme n'est pas tenu de procéder par appel d'offres. Il précise qu'il n'y avait pas d'autre OSBL susceptible d'acheter à proximité.

À l'origine, les logements avaient été acquis en vertu du Programme d'acquisition de logements locatifs (qui n'existe plus aujourd'hui), qui visait précisément à les transformer en coop ou à les vendre à des OSBL à moyen terme, sans que ce soit cependant une obligation. En 2001, la Ville a résolu de diminuer du quart le stock de ces logements pour réduire sa dette. Une fois l'hypothèque remboursée, la SHDM réalisera un profit de 150 000 $ avec les bâtisses situées sur les rues Armand-Bombardier et Joliot-Curiot.