L'autoproduction d'électricité pourrait se réaliser rapidement

Devant le consensus de fond qui se dessine en matière d'«autoproduction» d'électricité au Québec, la Régie de l'énergie a esquissé hier un scénario qui permettrait de lancer rapidement des projets, par la mise en place d'un règlement intérimaire d'une durée de 18 mois sur les conditions de mise en place des systèmes et le prix que paiera Hydro-Québec aux particuliers qui s'équiperont de moyens de production.

La Régie a rencontré hier les organismes inscrits dans cette audience historique, qui démarre avec un accord de principe d'Hydro-Québec au sujet de cette nouvelle avenue de production décentralisée. Les régisseurs ont en quelque sorte lancé un débat moins formel que dans le cadre d'une audience au sens strict.

Trois avenues se sont dessinées. Tenir l'audience que requiert en principe la demande d'autorisation des règles proposées par Hydro-Québec pour l'autoproduction. Des groupes de consommateurs favorisent notamment cette avenue. De leur côté, Hydro-Québec et d'autres acteurs ont proposé de s'en tenir à titre intérimaire à la proposition officielle, qui limiterait la puissance installée des individus autoproducteurs à 50 kWh.

La Régie a esquissé pour sa part un scénario plus nuancé, qui prévoit des «rencontres» en octobre entre toutes les parties pour déterminer les problèmes à résoudre à court terme, ce qui déboucherait sur une nouvelle proposition d'Hydro-Québec. Tous réagiraient alors par écrit afin que la Régie puisse accoucher d'un règlement intérimaire d'une durée de 18 mois, plus adapté aux besoins divers.

Certains ont noté que des personnes pourraient lancer durant cette phase intérimaire des projets qui ne correspondraient plus aux règles ultérieurement permanentes. Mais Hydro-Québec a assuré qu'elle respecterait toutes les ententes conclues durant cette période.

De nombreux problèmes concrets ont été soulevés. Par exemple, si quatre propriétaires de résidences s'unissent pour s'acheter une éolienne capable de satisfaire leurs besoins, seront-ils limités à 50 kWh ou pourront-ils bénéficier des économies d'échelle qu'offre une plus grosse machine de 200 kWh? Qu'adviendrait-il d'une communauté religieuse de 50 personnes qui voudrait équiper son nouveau monastère d'une grosse éolienne d'une puissance installée de 2500 kWh?

L'autoproduction permet à des consommateurs d'énergie de répondre en tout ou en partie à leurs besoins en électricité et de revendre au distributeur, Hydro-Québec, l'énergie qu'ils ne consomment pas à certains moments. La proposition réglementaire d'Hydro-Québec permettrait aux autoproducteurs de vendre une quantité d'énergie équivalant à celle qu'ils ont achetée dans une période de temps donnée. Mais la formule proposée par Hydro-Québec lui permettrait de ne jamais envoyer de chèque à un client: ce dernier pourrait annuler en tout ou en partie ses achats d'électricité de la période, mais Hydro-Québec obtiendrait gratuitement toute production excédentaire, ce qui réduirait la rentabilité des investissements que de simples consommateurs pourraient juger à propos de faire et qui sont susceptibles de soulager d'autant le réseau public.