Journées mondiales de la jeunesse - Benoît XVI prêche le rapprochement avec les juifs

Benoît XVI est devenu hier le deuxième pape de l’histoire à se rendre dans une synagogue.
Photo: Agence Reuters Benoît XVI est devenu hier le deuxième pape de l’histoire à se rendre dans une synagogue.

Cologne — En visite à Cologne pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), Benoît XVI est devenu hier le deuxième pape de l'histoire à se rendre dans une synagogue, mettant en garde contre la montée de l'antisémitisme et condamnant le crime «inouï» de la Shoah. Un discours salué par la plus ancienne communauté juive d'Allemagne.

Benoît XVI a commencé sa visite à la synagogue de Cologne, reconstruite après sa destruction par les nazis, en se recueillant en silence les mains jointes, durant une prière en hébreu, devant un monument commémoratif dédié aux six millions de juifs victimes de la Shoah. Il est ensuite entré dans le hall principal alors que le choeur chantait «shalom alechem» (que la paix soit avec vous).

Un shofar (corne de bélier) a retenti tandis que le souverain pontife prenait place au premier rang. Il a ensuite écouté avec attention un chant religieux dans l'édifice au dôme bleu.

Rapprochement

Prenant la parole, Benoît XVI a souligné son engagement à continuer dans la voie de son prédécesseur Jean-Paul II, qui a oeuvré au rapprochement judéo-chrétien et a été le premier pape à visiter une synagogue, à Rome en 1986.

«Je veux confirmer mon désir de poursuivre le chemin en vue d'une amélioration des relations et de l'amitié avec le peuple juif, chemin sur lequel le pape Jean-Paul II a fait des pas décisifs, a souligné l'ancien cardinal Joseph Ratzinger. Il reste cependant encore beaucoup à faire. Nous devons nous connaître mutuellement beaucoup plus et beaucoup mieux.»

Benoît XVI a également dénoncé la Shoah, «crime inouï, et jusque-là inimaginable». «Au XXe siècle, au temps le plus sombre de l'histoire allemande et européenne, une folle idéologie raciste de conception néo-païenne fut à l'origine de la tentative projetée et systématiquement mise en oeuvre par le régime d'exterminer le judaïsme européen», a-t-il souligné en référence au nazisme.

Le pape a aussi appelé à la vigilance: «Aujourd'hui, malheureusement, émergent de nouveau des signes d'antisémitisme et [...] se manifestent diverses formes d'hostilité généralisée envers les étrangers», a-t-il déploré.

Le discours de Benoît XVI a été salué par une ovation des fidèles de la synagogue, qui lui ont remis en cadeau un «shofar». Le rabbin Netanel Teitlebaum a qualifié la visite du pape de «pas en avant vers la paix entre tous les peuples».

«Nous sommes très reconnaissants envers le pape», a déclaré Paul Spiegel, le principal dignitaire de la communauté juive d'Allemagne. «C'est un événement important [...] pour la communauté juive en Allemagne et dans le monde.»

Benoît XVI a été critiqué récemment par Israël, qui lui a reproché de ne pas avoir mentionné les attentats commis dans l'État hébreu dans une condamnation du terrorisme. La question n'a pas été évoquée lors de la visite et Abraham Lehrer, un responsable de la synagogue, a estimé que la présence à la synagogue de l'ambassadeur d'Israël en Allemagne, Shimon Stein, était «le signe que la controverse est terminée».

Dans son discours, Benoît XVI a également souligné l'héritage commun des juifs et des chrétiens, qui «reconnaissent en Abraham leur père dans la foi et font référence aux enseignements de Moïse et des prophètes». «La spiritualité des juifs et celle des chrétiens se nourrit des Psaumes», a-t-il ajouté.

La communauté juive de Cologne, la plus ancienne d'Allemagne, compte aujourd'hui quelque 5000 membres. Le dialogue avec les autres religions est l'un des thèmes du premier voyage à l'étranger de Benoît XVI, qui devait rencontrer des responsables protestants hier et des dignitaires musulmans aujourd'hui.

Le pape est également présent à Cologne pour aller à la rencontre des 400 000 jeunes venus de 197 pays, qui sont réunis jusqu'à demain dans le cadre des JMJ.