À cause du «crystal meth» - L'Ontario songe à restreindre la vente de certains médicaments

Toronto — L'Ontario songe à imposer des restrictions sur la vente de médicaments courants contre le rhume qui contiennent de la pseudoéphédrine, un ingrédient clé utilisé dans la fabrication du «crystal meth» (méthamphétamine).

Le ministre de la Santé et des Soins de longue durée, George Smitherman, a annoncé hier qu'un comité spécial allait examiner cette possibilité.

Il a toutefois souligné qu'exiger une ordonnance pour des produits communs comme le Sudafed, Actifed et Contac n'est qu'une des nombreuses idées qui seront évaluées.

L'initiative de l'Ontario arrive au moment où le Canada est aux prises avec une augmentation de la consommation de «crystal meth», une puissante drogue.

«C'est une des nombreuses idées mentionnées et elle mérite d'être considérée de façon appropriée, a dit le ministre. Nous devons voir si cette mesure a prouvé son efficacité dans les juridictions où elle a été appliquée.»

Lors d'une rencontre à Regina en juin, les ministres de la Santé et de la Justice ont convenu que les provinces de l'Ouest présenteraient un plan, d'ici le mois d'octobre, pour restreindre la vente de médicaments pour le rhume qui contiennent de l'éphédrine et de la pseudoéphédrine.

L'idée de restreindre la vente de médicaments contenant de la pseudoéphédrine n'est pas nouvelle aux États-Unis. L'Oregon, le mois dernier, est devenu le premier État américain à décider qu'une prescription serait nécessaire pour l'achat de médicaments contre le rhume qui ont la pseudoéphédrine comme ingrédient principal. Plusieurs autres États américains ont déjà des restrictions moins strictes concernant la vente de pseudoéphédrine. Le Dakota du Nord exige notamment que les gens qui achètent des produits contre le rhume présentent des pièces d'identité.

Le ministère canadien de la Santé a lui-même proposé de réglementer la vente des ingrédients chimiques de ces médicaments, mais l'idée a été vivement contestée par l'industrie pharmaceutique.

«Les médicaments contre le rhume ne sont pas le problème; les criminels et la méthamphétamine sont le problème», soutient David Skinner, le président de l'Association canadienne de l'industrie des médicaments en vente libre.

«La question n'a rien à voir avec les millions de Canadiens qui utilisent légitimement des médicaments contre le rhume pour se soigner au lieu d'aller voir le médecin pour obtenir une ordonnance.»

M. Skinner, dont l'association représente une industrie dont le marché est de 3,6 milliards de dollars, affirme que le gouvernement de l'Ontario prendrait une décision «inopportune» s'il allait dans le sens de restreindre d'une quelconque façon la vente des médicaments contre le rhume actuellement vendus librement.

Selon M. Skinner, plusieurs médicaments contre le rhume et les allergies seraient retirés des tablettes et le système de santé, déjà sous-financé, subirait des pressions supplémentaires puisque les consommateurs ontariens iraient consulter leurs médecins pour obtenir des ordonnances plutôt que de se soigner eux-mêmes.

L'Association canadienne des pharmaciens est essentiellement du même avis; son vice-président Mark Kearney a suggéré que demander une prescription pour l'achat de médicaments pour le rhume serait une erreur.

Selon David Skinner, le gouvernement aurait intérêt à investir davantage dans l'éducation et le traitement des personnes dépendantes à la drogue.