Recueillement devant le corps du frère Roger

Taize, France — Des centaines de personnes ont défilé hier à Taizé (centre de la France) devant la dépouille de frère Roger, le fondateur, en 1940, de cette communauté oecuménique, tué mardi soir à coups de couteau par une Roumaine de 36 ans, qui a été inculpée pour assassinat et écrouée.

La jeune femme, prénommée Luminita, qui souffre d'un «délire de type paranoïaque» selon une première expertise psychiatrique, a néanmoins été jugée responsable de ses actes. Elle encourt la réclusion à perpétuité.

La jeune femme a indiqué aux enquêteurs qu'elle avait placé un couteau sous la gorge de frère Roger pour le forcer à l'écouter, afin de l'avertir «d'un complot de moines franc-maçons, inquiétant pour la communauté», selon le procureur Jean-Louis Coste.

Elle soutient qu'elle ne voulait pas le tuer, a expliqué M. Coste.

Célibataire, fille unique d'une famille catholique très pratiquante, elle est diplômée de l'enseignement supérieur et n'a occupé que des petits emplois jusqu'à présent, a-t-il précisé. Vivant à Iasi, au nord-est de la Roumanie, elle a toujours gravité autour de communautés religieuses. C'était la troisième fois qu'elle se rendait à Taizé.

Six frères

Le corps de frère Roger — qui était un Suisse protestant —, vêtu d'une robe blanche, a été amené par six frères dans le choeur de l'église de la Réconciliation, celle-là même qu'il avait fait bâtir en 1962 et où il a trouvé la mort.

Les quelque 2500 jeunes accueillis cette semaine par la communauté ainsi que des habitants de la région se sont mis en rangs pour passer quelques instants devant son visage décrit comme «apaisé» et «calme».

«Je venais ici tous les dimanches pour la messe. Ma première réaction a été: "Tant mieux pour lui, qu'il se soit éteint à son âge" [90 ans, ndlr]. Mais quand on apprend les circonstances... J'ai du mal encore à réaliser», déclare Denise, 81 ans, qui habite Azé, à une quinzaine de kilomètres.

De simples caisses de fleurs ont été disposées devant la dépouille, éclairée par des bougies orangées. Des personnes prient, d'autres pleurent. Frère Aloïs, un catholique allemand, le successeur de frère Roger, est venu se recueillir également.

Maria et Anda, des amies roumaines de 22 ans, la première catholique, la seconde orthodoxe, se disent «encore très tristes». «L'an dernier, frère Roger était en fauteuil roulant; cette année, il pouvait marcher seul. C'est cruel, j'entends encore les cris qui ont résonné lors de l'agression» mardi soir, raconte Maria.

«Des autocars sont déjà prévus d'Angleterre, d'Allemagne, du Portugal, d'Italie, pour venir à l'enterrement de frère Roger mardi», affirme frère Mathew, un anglican.