Le jeu de la vague

Jacques Cartier n'a jamais réussi à traverser les rapides de Lachine mais jusqu'à 700 passagers le font chaque jour depuis 20 ans, entre mai et octobre, en prenant part à l'excursion «Saute-moutons», laquelle, jeu de mots oblige, permet de se jeter dans les vagues de Lachine en bateau à moteur.

C'est vêtus de simples coupe-vent jaunes serin recouvrant une veste de sauvetage et un chandail de laine («facultatif pour les Arnold Schwarzenegger en puissance») que nous partons du quai de l'Horloge, dans le Vieux-Port de Montréal, pour nous mesurer aux terribles rapides de Lachine.

Tout en recevant les recommandations et les règles de sécurité, qui nous font nous demander dans quel bateau on s'est embarqués, nous filons, un peu angoissés, sur le fleuve. Le trajet d'une quinzaine de minutes donne l'occasion de voir Montréal sous un angle particulier, et la possibilité à notre guide de nous seriner quelques détails touristiques.

Arrivent finalement les rapides, assurément tumultueux. À cet endroit, il serait même trop dangereux de faire du rafting. Nous entrons donc dans les remous, mains serrées sur la barre de sécurité. Et c'est le déluge!

Bien à l'abri dans le bateau, nous ressentons plus ou moins les tourbillons de l'eau (le capitaine est prudent et il conduit lentement, sans virages brusques), mais sommes quand même trempés en moins de deux.

Pendant la demi-heure qui suit, nous entrons et sortons de la houle en recevant chaque fois des trombes d'eau sur la tête. Et le mot n'est pas trop fort puisque, après chaque volée, le bateau est littéralement rempli. Cependant, il est aussitôt vidé par un système d'évacuation rapide et efficace.

Ici, la quatrième consigne de sécurité qu'on nous a donnée n'est pas superflue. «S'il vous plaît, gardez la bouche fermée.»

Ce n'est donc pas du danger que vient l'excitation du saute-moutons mais plutôt du plaisir d'être fouetté par les vagues de façon aussi surprenante.

Comme le dit lui-même Éric Gervais, superviseur, «c'est un gros manège». On pourrait, en fait, comparer le saute-moutons à «La Pitoune», le manège aquatique de La Ronde, version hardcore. D'ailleurs, pour continuer sur le thème du parc d'amusement, mentionnons qu'on a surnommé l'un des rapides la «montagne russe» (dans lequel, toutefois, le coefficient de dénivellation est beaucoup moins élevé que dans la version traditionnelle).

Une fois la dernière vague consommée, c'est le retour vers l'embarcadère pour les participants, mouillés mais détendus, profitant d'une dernière balade sur l'eau. Nous avons eu, le temps d'une heure, une petite virée sur le Saint-Laurent et un contact intense avec l'élément qui le compose. Idéal pour les jours de canicule.

- Des départs ont lieu tous les jours entre 10h et 18h, au quai de l'Horloge, dans le Vieux-Port de Montréal. On accepte les enfants à partir de six ans (ce qui n'est peut-être pas la meilleure idée: dix ans serait probablement plus approprié). 284-9607, jetboatingmontreal.com.