Le père des Journées mondiales de la jeunesse est assassiné

C’était journée de prière hier à l’église de Taizé, où a été assassiné le frère Roger.
Photo: Agence Reuters C’était journée de prière hier à l’église de Taizé, où a été assassiné le frère Roger.

Le frère Roger, fondateur de la communauté oecuménique de Taizé (au centre de la France), a été tué à coups de couteau, mardi, par une Roumaine de 36 ans, aussitôt interpellée et placée en garde à vue.

Le drame s'est déroulé alors que 2500 jeunes assistaient, à Taizé, à la prière traditionnelle du soir dans l'église de la Réconciliation. La femme qui l'a agressé s'est introduite au milieu du choeur des frères, qui ne l'ont toutefois pas vue car ils étaient de dos. Le mal était déjà fait quand ils se sont retournés. Soigné sur place par un médecin présent dans l'assemblée et le médecin local, il a succombé à ses blessures peu après. Il avait 90 ans.

L'annonce du meurtre a semé la consternation à Cologne, en Allemagne, où se déroulent actuellement les XXe Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Car le frère Roger a convoqué le premier «concile des jeunes», en pleine bourrasque de l'après-68. Il a compris qu'avec les énergies alors à l'oeuvre dans la jeunesse occidentale, les Églises ne seraient pas équipées avant longtemps pour accueillir des jeunes qui fuient les institutions, désertent les paroisses et les mouvements, et ce, malgré l'aggiornamento de Vatican II.

Déjà avant 1970, des jeunes venaient par centaines passer Pâques sur la colline de Taizé. Ils seront 2500 en 1970, quand frère Roger lance ce concile d'un genre inédit, puis 7500, 18 000 et 50 000 les années suivantes. À partir de 1978, entre Noël et le jour de l'An, des rencontres internationales annuelles attirant des jeunes de toutes confessions de par le monde ont lieu à Rome, à Cologne, à Barcelone, à Wroclaw, à Prague, à Paris (100 000 en 1995), même à Madras, en Inde, et parfois aussi, plus discrètement, derrière le rideau de fer. Taizé prépare donc les JMJ.

Réconciliation

Protestant, diplômé en théologie, Roger Schutz a consacré sa vie à la réconciliation entre les chrétiens. Il est arrivé à Taizé, un petit village près de Cluny, en août 1940, à l'âge de 25 ans, afin de fonder une communauté monastique. Dès 1941, il y reçoit l'abbé Paul Couturier, pionnier français de la lutte pour la réunification des Églises, cause révolutionnaire à l'époque. D'autres prêtres suivront, si bien que la communauté compte aujourd'hui 90 frères de plusieurs confessions chrétiennes, originaires d'une vingtaine de pays. Taizé n'a aucune appartenance confessionnelle et ne possède ni statut ni constitution juridique. C'est une communauté oecuménique au sens strict, qui se veut figure anticipatrice de l'unité chrétienne. Le prieur de Taizé entretiendra aussi les meilleures relations du monde avec tous les papes, mais aussi avec l'archevêque anglican de Cantorbéry, le patriarche de Constantinople et des responsables du Conseil oecuménique des Églises. C'est un catholique allemand de 51 ans, frère Aloïs, qui lui succédera.

Des messages de tristesse et d'indignation sont parvenus à Taizé hier. Le pape Benoît XVI s'est dit lui-même «très triste» de ce décès, à la veille de son départ pour les JMJ auxquelles avait régulièrement participé frère Roger. Le président français Jacques Chirac a rendu hommage à «l'un des serviteurs les plus remarquables des valeurs de respect et de tolérance».

La dépouille de frère Roger sera exposée à partir d'aujourd'hui dans l'église de la Réconciliation à Taizé, où s'est déroulée la tragédie. Ses obsèques seront célébrées mardi prochain.

Avec l'Agence France-Presse et Le Monde