Crash au Venezuela: place à l'enquête

Maracaïbo — Un travail difficile d'identification a démarré à Maracaïbo, au Venezuela, sur les corps des 152 Français et huit Colombiens tués dans l'accident d'un avion colombien mardi, tandis que des experts des trois pays recherchent les causes de l'accident.

Les corps de plus de 90 % des 160 occupants de l'appareil, un biréacteur McDonnell Douglas MD-82 de la compagnie colombienne West Caribbean, ont été regroupés dans deux morgues de Maracaïbo, grand port pétrolier situé à 550 km à l'ouest de Caracas.

Selon le directeur de la protection civile, Antonio Rivero, la récupération des corps devait se terminer hier soir.

Des centaines de militaires, agents de la protection civile et de la Croix-Rouge et des experts en aéronautique vont continuer de ratisser pendant au moins 48 heures le champ marécageux de Machiques, à 50 km de Maracaïbo, où est tombé l'avion, pour trouver toute pièce ou indice utile à l'enquête sur les causes de la catastrophe.

Le MD-82, qui ramenait 152 Martiniquais partis en vacances au Panama, est tombé en piqué mardi après une avarie sur ses réacteurs signalée par le pilote qui voulait tenter un atterrissage d'urgence au Venezuela.

Sur la sellette

À Bogotá, la compagnie West Caribbean, spécialisée dans les dessertes régionales, est sur la sellette de même que les services de l'aviation civile, soupçonnés de laxisme par la presse locale.

Le président colombien, Alvaro Uribe, a convoqué d'urgence les responsables de l'aéronautique civile pour vérifier si West Caribbean avait été soumise à tous les contrôles prévus en matière de sécurité aérienne.

L'association colombienne des pilotes a affirmé qu'elle avait «à plusieurs reprises» alerté leurs services, car l'accident d'un petit Let 410 de West Caribbean en mars dernier, qui avait fait huit morts, lui avait «ouvert les yeux».

Des experts du bureau «Enquête accident» de l'aviation civile française devaient arriver hier sur le site de l'accident où les deux boîtes noires ont déjà été récupérées.

Un émissaire de West Caribbean, Cesar Augusto Bermudez Pinilla, ainsi qu'une représentante de l'assureur Colseguros sont sur place. M. Bermudez n'a pas voulu faire de déclarations alors que la déléguée de l'assureur a estimé que «l'enquête pouvait durer un an».

Pendant ce temps, à Maracaïbo, une quinzaine d'experts et médecins légistes poursuivaient le travail d'identification, difficile à cause de l'état de mutilation et de décomposition des corps, dans une ville au climat tropical manquant d'équipements pour les conserver. «C'est un processus lent et laborieux, il faut prendre les empreintes digitales et faire des relevés dentaires», a expliqué Yanina Perozo, directrice régionale de la santé. Des spécialistes de l'identification français doivent venir leur prêter main-forte.

Les causes de la catastrophe, la plus meurtrière de l'histoire pour ce qui est du nombre de victimes françaises et la quatrième dans le monde depuis le début du mois d'août, ne sont pas plus claires que mardi. Selon les autorités vénézuéliennes, le pilote du MD-82 a envoyé un signal de détresse faisant état d'une avarie sur un moteur, avant de signaler une panne sur le second réacteur quelques minutes plus tard. Ensuite, l'avion est descendu à très grande vitesse (2000 mètres par minute) avant de s'écraser près de Machiques.