Dons retenus à la source: les fonctionnaires voteront

Incapable de trancher entre les arguments de Centraide, qui désire le maintien de son droit exclusif à la retenue à la source auprès des employés de l'État, et ceux de la Croix-Rouge et de Partenaire santé, qui demandent la fin de ce monopole, le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale entreprendra dès demain une consultation en ligne afin de tâter le pouls des donateurs concernés a appris Le Devoir.

Ce coup de sonde n'empêchera pas le statu quo d'être maintenu pour la campagne automnale de 2005, a toutefois décrété la ministre Michelle Courchesne, une décision qui va à l'encontre des recommandations émises en juin dernier par le comité ministériel chargé d'étudier ce dossier. Dans un rapport préliminaire, celui-ci en effet avait plutôt suggéré d'accorder la retenue à la source aux quelque 16 000 organismes de bienfaisance enregistrés au Québec.

Adopté discrètement le 23 juin dernier par le conseil des ministres, le présent décret permet au gouvernement Charest de se retirer en douce d'un dossier devenu passablement explosif. Bénévole depuis sept ans à la Croix-Rouge, l'épouse du premier ministre, Michelle Dionne, avait en effet été accusée d'avoir exercé des pressions afin de mettre fin au monopole de Centraide, allégations qui avaient alors été niées vigoureusement tant par Jean Charest que par la Croix-Rouge.

Invoquant un souci de «transparence» et «d'équité», la ministre Courchesne a plutôt opté pour une consultation en ligne, s'épargnant la responsabilité d'une décision appelée à être longuement débattue. Dès demain, les employés de secteurs public et parapublic auront jusqu'au 2 septembre pour se prononcer sur l'ouverture ou non de l'accès à la retenue à la source à plus d'un organisme de bienfaisance au www.retenuesource.gouv.qc.ca.

Pas question toutefois pour le ministère de prendre position dans ce délicat dossier, a précisé hier son responsable des relations aux médias, Claude Morin. «Nous avons installé 2500 affiches informant les gens des enjeux et nous allons également joindre un papillon informatif au chèque de paie de jeudi invitant les gens à se prononcer.» Le fruit de cette enquête sera analysé de pair avec les conclusions d'un sondage téléphonique mené entre le 28 juillet et le 7 août. Hier, il a été impossible d'obtenir des détails sur la teneur des résultats obtenus lors de ce sondage.

Ces différents coups de sonde alimenteront la réflexion du gouvernement, et la ministre Courchesne devrait être en mesure de trancher un peu plus tard cet automne, a-t-on indiqué hier. Suivant le désir de celle-ci, la consultation se fera «tant en milieu urbain qu'en région afin de prendre en compte les réalités de chacune d'elles dans le processus décisionnel».

Un pas dans la bonne direction

L'annonce de la consultation a été accueillie d'un bon oeil par la Croix-Rouge qui y voit «un pas dans la bonne direction». Il faut dire que l'organisme a déjà un pied dans la place depuis dix ans, fait valoir sa directrice des communications, Myriam Marotte. «C'est avant tout une question de "technicalités", les employés des secteurs public et parapublic donnent déjà à la Croix-Rouge, on veut simplement leur offrir de le faire via la retenue à la source s'ils le désirent.»

C'est que ce détail technique peut rapporter gros. Les donateurs donnent plus quand ils peuvent le faire par paiement préautorisé. «On sait que les donateurs nous donnent le double de ce qu'ils donnent habituellement s'ils peuvent le faire par paiement préautorisé sur leur paie», avait expliqué le directeur général de la Croix-Rouge au Québec, Conrad Sauvé, alors que la crise battait son plein en juin dernier.

Les fonctionnaires ne font pas exception à la règle et pourraient s'avérer une appréciable source de financement pour les organismes de bienfaisance. En effet, un travailleur sur deux dans le secteur public et trois travailleurs sur quatre dans le secteur parapublic ne donnent pas à Centraide, un marché que la Croix-Rouge et Partenaire santé estiment être en droit de courtiser.

Tous ces arguments en faveur d'une ouverture n'ont toutefois pas su écarter les craintes de la présidente-directrice générale de Centraide, Michèle Thibodeau-DeGuire, qui estime que son organisme pourrait perdre jusqu'à quatre millions de dollars avec la fin de cette exclusivité. Hier, personne à Centraide n'a été en mesure de commenter la décision du gouvernement de se prêter à une consultation publique pour décider du sort de son monopole qui tient depuis maintenant 30 ans. On a toutefois précisé que l'organisme n'allait pas s'immiscer dans ce processus.

Rappelons que le comité interministériel avait balayé les craintes de Mme Thibodeau-DeGuire en citant l'exemple de la fonction publique au fédéral, qui, en 1997, avait mis fin à son exclusivité avec Centraide. Contrairement à ce que prétend Mme De Guise, les sommes totales amassées au fédéral depuis l'inclusion de Partenaire santé auraient augmenté de 85 % et le don moyen se serait accru de 42 $.