Délicate enquête après l'accident du Boeing chypriote

Un enquêteur observe la queue de l’avion qui s’est écrasé dimanche près d’Athènes, provoquant la mort de ses 115 passagers et des six membres d’équipage.
Photo: Agence Reuters Un enquêteur observe la queue de l’avion qui s’est écrasé dimanche près d’Athènes, provoquant la mort de ses 115 passagers et des six membres d’équipage.

Athènes — Place au deuil et à l'enquête au lendemain de l'accident de l'avion de ligne chypriote. Les deux boîtes noires de l'appareil qui s'est écrasé dimanche près d'Athènes vont être envoyées en France pour y être lues, dans l'espoir de comprendre les causes du crash qui a provoqué la mort des 115 passagers et des six membres d'équipage.

Une défaillance technique, qui aurait entraîné un problème de dépressurisation, semble à l'origine de cette nouvelle catastrophe aérienne.

La police a perquisitionné aux bureaux de Helios Airways à Larnaca, près de l'aéroport international de Chypre. Aucune interpellation n'a eu lieu, selon Christalla Dimitriou, porte-parole de la police. Un mandat de perquisition avait été délivré pour «obtenir [...] des documents et d'autres preuves qui pourraient être utiles dans une éventuelle enquête criminelle», a déclaré Marios Karoyian, porte-parole de la présidence chypriote.

Lors d'une intervention télévisée, le ministre chypriote des Transports Haris Thrasou a demandé aux anciens passagers d'Helios Airways de contacter les autorités s'ils avaient des renseignements à donner sur des vols passés qui se seraient mal déroulés.

Hier après-midi, trois corps — dont celui du pilote de l'avion, Marten Hans Jurgen, un Allemand âgé de 50 ans — n'avaient toujours pas été retrouvés, ont fait savoir les pompiers. Selon la liste des victimes fournie par le gouvernement chypriote, au moins dix familles avec enfants figurent parmi les morts. Sur les 121 personnes à bord, 12 étaient grecques, une allemande et les autres chypriotes.

Six corps ont été autopsiés, et les examens ont révélé que les personnes étaient en vie au moment où l'avion s'est écrasé, a déclaré le coroner d'Athènes Fillipos Koutsaftis. «Je ne peux pas exclure qu'elles aient été inconscientes», a-t-il cependant ajouté.

Le gouvernement chypriote a déclaré trois jours de deuil national, alors que les premières familles des victimes arrivaient dans la capitale grecque pour identifier leurs proches. Tous les drapeaux seront mis en berne aujourd'hui à Athènes, et une période de deuil de 40 jours a été décrétée à Paralymni, ville chypriote de 10 000 habitants qui a perdu 16 des siens dans l'accident.

Le directeur de la commission de la sécurité aérienne grecque Akrivos Tsolakis a précisé hier que les deux boîtes noires, l'une enregistrant les données de l'appareil et l'autre les voix dans le cockpit, allaient être envoyées au Bureau enquête et accident (BEA) à Paris pour y être décodées.

Les enquêteurs grecs devraient être aidés par des experts américains sur demande des États-Unis, où l'appareil a été construit, a-t-il ajouté.

Air conditionné

Le Boeing 737, qui avait quitté Larnaca (Chypre) pour l'aéroport international d'Athènes, s'est écrasé près de Grammatiko, à 40 km au nord de la capitale grecque.

Les pilotes de l'avion avaient fait part d'un problème d'air conditionné aux contrôleurs aériens chypriotes une demi-heure après le décollage. Quelques minutes après être entré dans l'espace aérien grec, le Boeing 737 a perdu tout contact radio, entraînant le décollage de deux F16 de l'armée de l'air, qui ont pris en chasse l'appareil pour l'intercepter.

Lorsque les deux avions de chasse ont atteint l'appareil à 10 400 mètres d'altitude, les pilotes ont aperçu le copilote de l'avion de ligne effondré sur son siège. Le commandant n'était pas dans le cockpit et des masques à oxygène pendaient dans la cabine, a précisé le porte-parole du gouvernement Theodoros Roussopoulos.

Les deux pilotes des F16 ont également aperçu deux personnes qui tentaient de prendre le contrôle de l'appareil, mais on ignorait s'il s'agissait de membres d'équipage ou de passagers. L'avion était semble-t-il sur pilote automatique quand il s'est écrasé, a indiqué un porte-parole de la compagnie Helios.

La police grecque a arrêté un homme qui avait affirmé qu'un de ses cousins se trouvait à bord de l'avion et lui avait envoyé un SMS juste avant le crash. «Il m'a dit que les pilotes étaient inconscients [...] Il a dit: "Cousin, je te dis adieu, nous sommes tous gelés"», avait raconté Nektarios-Sotirios Voutas à la télévision grecque. Les autorités ont établi hier que cet homme de 32 ans avait menti et que son cousin ne figurait pas parmi les victimes.

Le fabulateur qui habite Thessalonique a été interpellé pour propagation de fausses informations et trouble de l'ordre public. Il devrait être présenté à un juge pour une audience préliminaire aujourd'hui.

En attendant les résultats de l'enquête, une centaine de proches des victimes sont arrivées de Chypre par un vol spécial et conduits en bus à la morgue centrale d'Athènes afin d'identifier les corps.

Le ministre adjoint à la Santé grec Giorgos Constantopoulos a précisé que 21 enfants, et non 48 comme annoncé précédemment, étaient à bord du vol ZU522. Tous étaient âgés de «quatre ans et plus», a-t-il dit.

Prises en charge par des psychologues, les familles restaient sous le choc du drame. «J'ai perdu mon fils, sa femme et mes trois petits-enfants. Je veux que les responsables de ces cimetières volants soient punis», a hurlé Anastasios Koudas, un parent endeuillé, à l'aéroport.

À Chypre, les pilotes et équipages d'Helios Airways ont refusé de voler hier après que des passagers ont affirmé que l'avion accidenté avait déjà connu des défaillances techniques.