Documents rendus publics - Des films soviétiques ont été analysés par des espions canadiens dans les années 50

Ottawa — Des espions canadiens avaient pour mission d'analyser les films de propagande soviétique durant les années 1950, dans l'espoir de déceler des renseignements stratégiques importants.

C'est ce qu'affirme une étude secrète effectuée par le professeur d'histoire de l'Université de Toronto Wesley Wark pour le compte du gouvernement fédéral. La Presse Canadienne a obtenu une copie de l'étude de 265 pages en vertu de la Loi d'accès à l'information.

On y apprend ainsi qu'une petite agence établie à Ottawa par le Bureau conjoint de renseignement (BCR) devait analyser les films soviétiques pour voir s'il n'y avait pas quelque chose d'intéressant à l'arrière-plan, comme des équipements, des usines ou des défilés militaires.

«C'était un peu comme regarder un défilé du 1er mai — vous aviez peut-être la chance de voir quelque chose à l'arrière-plan que les Russes ne voulaient pas montrer», a affirmé M. Wark dans une interview.

Les critiques espions du cinéma de propagande soviétique n'ont pas tenu le coup longtemps cependant, «peut-être parce que le matériel était d'une immense platitude», écrit M. Wark.

Malgré tout, de bonnes sections ainsi qu'un chapitre complet de l'étude de M. Wark sur le BCR demeurent à ce jour secrets, ce qui est étonnant puisque l'Union soviétique n'existe plus depuis le début des années 1990.

Le Bureau conjoint de renseignement a vu le jour peu de temps après la Deuxième Guerre mondiale. Sa mission générale était la collecte de renseignement comme la construction d'aéroports dans les pays du Bloc soviétique, mais il a aussi colligé des informations lors du conflit israélo-arabe en 1948.

À l'époque, selon M. Wark, l'armée canadienne craignait que l'Union soviétique n'envoie des troupes dans l'Arctique et s'installe sur quelques îles, ce qui aurait pu être le premier signe d'une invasion soviétique en Amérique du Nord.

«Après avoir capturé des îles de l'Arctique canadien, les Forces aériennes soviétiques seraient en bonne position pour attaquer les régions vulnérables du Canada et des États-Unis avec des missiles téléguidés ou des bombardiers à très long rayon d'action», révèle une étude stratégique effectuée en 1946.

Ces craintes ont mené à la création de la ligne DEW, le réseau d'Alerte avancée radar.

Mais cette paranoïa a aussi eu un bon côté, selon M. Wark. Le gouvernement fédéral a augmenté son influence dans le grand nord canadien, a fait effectuer des relevés géographiques pour établir des cartes et s'est rapproché des communautés nordiques.