Génocide de Srebrenica - Le divulgateur de la vidéo a agi par «souci de justice»

Vienne — Jovan Mirilo, l'homme qui a rendu publique la vidéo montrant pour la première fois des scènes du génocide de Srebrenica, a affirmé hier avoir agi par «souci de justice» malgré les risques encourus par lui et sa famille.

M. Mirilo, 40 ans, est originaire de Sid, une petite ville serbe située à 100 km à l'ouest de Belgrade, où vivent plusieurs membres du groupe paramilitaire des «Scorpions», soupçonné d'avoir participé au génocide. Cet ancien objecteur de conscience ne «supportait plus» le climat d'impunité qui y régnait jusqu'à ces dernier mois.

«À Sid, les anciens Scorpions évoquaient leurs exactions le plus naturellement du monde, comme s'ils commentaient un match de football», a-t-il déclaré à l'issue d'un séjour de repos en Autriche avec sa famille.

«La goutte qui a fait déborder le vase a été quand j'ai entendu l'ancien chef des Scorpions, Slobodan Medic, devenu président de la Fédération de pêche de Serbie, vanter à la télévision les mérites d'"un esprit sain dans un corps sain"», a poursuivi M. Mirilo.

«Je savais qu'une vidéo et des photos du massacre circulaient dans ces milieux. J'ai décidé de me les procurer coûte que coûte», a-t-il expliqué devant la presse étrangère à Vienne.

Obtenue grâce à un «ami d'enfance» chargé des archives des Scorpions, la vidéo a été diffusée le 1er juin au procès de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic devant le Tribunal pénal international (TPI) à La Haye.

Premier document de ce genre porté à la connaissance de la communauté internationale, cette vidéo d'une trentaine de minutes tournée par un membre du commando montre l'exécution, en juillet 1995, de civils bosniaques musulmans qui ont les mains attachées dans le dos. On y voit notamment Slobodan Medic abattre un adolescent de 14 ans, selon M. Mirilo.

Terrés

Au total, près de 8000 musulmans masculins de Srebrenica furent exécutés en juillet 1995 au cours de cet épisode le plus sanglant de la guerre de Bosnie (1992-1995), qualifié de génocide par le TPI.

Peu après la diffusion de la vidéo, le premier ministre serbe Vojislav Kostunica avait qualifié le crime montré à La Haye de «brutal, cruel et infâme» et annoncé l'arrestation de quatre des six assassins présumés, dont l'ancien chef des Scorpions. Un cinquième suspect a été arrêté en Croatie.

Depuis, M. Mirilo et sa famille vivent terrés chez eux après avoir fait l'objet de menaces de mort. «Nous passons pour des traîtres. L'épouse de M. Medic a tenté d'écraser ma femme, et le frère d'un des Scorpions m'a craché dessus en me disant que j'étais un "homme mort"», a-t-il expliqué. La police de la ville a refusé d'enregistrer une plainte consécutive à ces menaces.

La municipalité de Sid, une ville de 25 000 habitants vidée de sa minorité croate au nom de la «purification ethnique» et repeuplée de Serbes, est contrôlée par des élus du parti ultranationaliste de Vojislav Seselj, accusé par La Haye de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.