Un Boeing chypriote s'écrase en Grèce, faisant 121 victimes

Un des moteurs du Boeing 737 de la compagnie chypriote Helios Airways gît dans un ravin à proximité du port de Grammatiko, à une quarantaine de kilomètres au nord d’Athènes où l’appareil s’est écrasé.
Photo: Agence Reuters Un des moteurs du Boeing 737 de la compagnie chypriote Helios Airways gît dans un ravin à proximité du port de Grammatiko, à une quarantaine de kilomètres au nord d’Athènes où l’appareil s’est écrasé.

Londres — Des procédures d'urgence permettent normalement à l'équipage d'un avion de ligne de faire face à une dépressurisation, c'est-à-dire la perte de la pression dans la cabine, ont expliqué des spécialistes de l'aéronautique après l'accident hier d'un Boeing 737 chypriote en Grèce, qui a fait 121 morts.

La cause de l'accident reste pour l'heure inconnue, et la dépressurisation de l'appareil est une des pistes envisagées. Les boîtes noires de l'appareil, qui ont été localisées, devraient aider les enquêteurs à percer le mystère de ce crash, ainsi que le témoignage indirect d'un passager. Il a envoyé un message écrit par téléphone portable (SMS) à son cousin, déclarant que les pilotes avaient perdu conscience et que les passagers étaient «tous gelés».

Les avions de ligne volent en croisière entre 9000 m à 12 000 m, altitude à laquelle la pression de l'air extérieur, sa teneur en oxygène et sa température (autour de -50 degrés) sont trop faibles pour survivre. La pressurisation consiste à réguler la pression à bord de l'appareil pour permettre aux occupants de bénéficier d'un air respirable et à bonne température.

La pression dans l'avion est dès lors beaucoup plus importante qu'à l'extérieur. Les cabines, étanches et résistantes, sont conçues pour supporter cette énorme différence de pression. En cas de panne des systèmes de pressurisation, de bris ou détachement d'une porte ou d'un hublot, les pilotes s'équipent de masques à oxygène et effectuent une descente d'urgence, à 3000 m, où l'air est respirable et la température supportable, explique David Kaminski Morrow, un des dirigeants de la revue spécialisée britannique Air Transport Intelligence.

«L'équipage reçoit de l'oxygène, les passagers ont de l'oxygène, et il y en a assez dans les réserves pour ramener l'avion à une altitude à laquelle on n'a plus besoin des masques», a-t-il déclaré à l'Associated Press.

«Est-ce que les pilotes n'ont pas eu le temps de s'équiper?», s'interrogeait sur France Info Gérard Feldzer, directeur du Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget et ancien pilote instructeur sur Airbus A340. Une dépressurisation avec des dommages sur l'appareil peut en effet surprendre l'équipage et l'empêcher de réagir assez rapidement.

Eric Moody, un autre ancien pilote, interrogé par la chaîne de télévision britannique Sky News, pense que les pilotes ont dû être confrontés à un problème majeur avec le circuit d'alimentation en oxygène. «Si l'avion vole à 30 000 pieds [9150 m], vous ne restez pas conscient longtemps. Peut-être 15 à 30 secondes, a-t-il noté. C'est comme si vous étiez au sommet de l'Everest.»

Selon Chris Yates, spécialiste de l'aviation pour la revue Jane's Transport, en cas de dépressurisation, «que ce soit dans le cockpit ou dans la cabine, effectivement tout le monde était condamné à court terme: très vite vous n'avez plus que quelques secondes avant de perdre conscience, parce qu'il n'y a pas d'air à respirer à cette altitude».

François Grangier, expert aéronautique qui participe à des enquêteurs sur les accidents aériens, a lui estimé sur RTL qu'il y a peut-être eu une «combinaison de défaillances, volontaires ou involontaires» avec pour résultat d'«empêcher quiconque de respirer dans cet aéronef».

Gérard Feldzer juge «peu probable» qu'il y ait eu une «intoxication générale» puisqu'un «passager a lancé un SMS. Pour l'instant, on n'a pas assez d'éléments pour privilégier une piste plutôt qu'une autre: panne de pressurisation, intoxication [...] ou alors dommage structurel de l'avion dû à une dépressurisation trop rapide. S'il s'agit d'une panne de climatisation seule, ça paraît difficile de geler en vol comme ça», a-t-il dit.