Le CRTC se prononce sur les paroles de l'animateur Benoît Dutrizac - Des propos «mal choisis» mais pas haineux

Ottawa — En utilisant l'expression «gang de nègres» lors d'une émission Les Francs-tireurs, l'ex-animateur Benoît Dutrizac a tenu des «propos offensants», estime le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

L'organisme fédéral de réglementation nuance cependant la portée des propos du controversé animateur à cause du contexte de l'émission diffusée sur les ondes de Télé-Québec, les qualifiant de «mal choisis» plutôt que de propos haineux.

Le commentaire a été fait lors d'un reportage sur les gangs de rue à Montréal, diffusé le 5 janvier 2005, et a fait l'objet d'une plainte au CRTC.

«Le Conseil considère que la désignation des voyous de race noire par l'épithète "gangs de nègres" constitue un propos offensant fondé sur la race», peut-on lire dans la décision rendue publique hier.

Le CRTC estime toutefois que l'utilisation de l'expression ne contrevient pas au règlement qui interdit la diffusion de propos offensants.

«Il est peu probable que les propos de l'animateur, pris dans leur contexte, risquent d'exposer les personnes de race noire à la haine ou au mépris», écrit le conseil, qui reconnaît le caractère humoristique, satirique, et le ton irrévérencieux de l'émission d'affaires publiques.

Selon le conseil, l'écoute de tout le reportage permet de constater que M. Dutrizac «fait usage d'une terminologie adéquate et respectueuse» et qu'il «fait preuve de professionnalisme». Le CRTC souligne aussi que, jamais pendant le reportage, l'animateur ne glisse dans les stéréotypes en faisant des liens directs entre la race et la criminalité. Dans ce contexte, «il est probable que le mot "nègres" fut perçu comme très mal choisi, mais non comme méprisant ou haineux», conclut-on dans la décision.

En mai dernier, M. Dutrizac a été congédié par Télé-Québec.

Réponse inacceptable de Télé-Québec

Le CRTC tape, dans cette même décision, sur les doigts de Télé-Québec, dont la réponse est «inacceptable et insatisfaisante» puisque la station de télévision ne reconnaît pas que l'utilisation de l'expression est inappropriée. La station devra prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir de tels propos sur ses ondes, ajoute le Conseil.

Ce genre de plainte, portant sur le contenu diffusé, est habituellement traité par le Conseil canadien des normes de la radiodiffusion. Puisque Télé-Québec n'est pas membre de cet organisme, il revenait au CRTC de s'en occuper.