Vu de la route - Tout sur le couple moteur

Des problèmes de couple? Ça va, s'il s'agit d'un couple moteur! Car, sans être aussi complexes que les questions de couple tout court, les questions de couple moteur sont tout aussi mal comprises, en général...

Si vous n'avez jamais entendu parler du couple moteur, continuez à lire, vous verrez qu'il s'agit d'un concept intéressant, et il pourra même vous aider à améliorer vos performances en bicyclette! Et si vous pensez déjà savoir ce qu'est le couple, continuez à lire aussi, parce qu'il se peut que votre compréhension soit incomplète...

Couple et puissance

Quand ils parlent du couple moteur, les gens utilisent souvent le mot anglais torque, comme dans «Y a du méchant gros torque là-dedans, mon homme!». Certains parlent même de moteur «torqueux». Mais, la plupart du temps, quand ils utilisent ce mot, ils renvoient en réalité à la puissance à bas régime.

La puissance, c'est le résultat tangible de l'énergie qu'on applique: faire accélérer une auto à tel rythme, monter une charge X dans un temps Y, etc. Le couple, lui, n'est qu'une composante de la puissance: c'est la force qu'on applique, avec ou sans résultat. Par exemple, si vous essayez de pousser sur votre maison pour la déplacer (une activité que nous ne recommandons pas), vous appliquerez un couple mesurable, mais vous n'obtiendrez probablement pas de résultat... Vous ne développerez donc pas de puissance.

La puissance, c'est le résultat. Dans le cas d'un moteur, la puissance résulte du couple multiplié par le nombre de fois que ce couple est appliqué, c'est-à-dire le nombre de tours par minute.

Pensons à la bicyclette

Une des meilleures façons de bien comprendre le concept du couple et de la puissance, c'est de remplacer l'auto par une bicyclette et le moteur par... vous-même. Le couple, c'est la force brute que vous appliquez sur la pédale. La puissance que vous développerez, elle, dépendra du nombre de fois par minute que vous réussirez à appliquer cette force sur les pédales.

Déjà on voit se dessiner l'infinie multitude des personnalités dans le moteur humain, au même titre que dans le moteur mécanique... En observant les cyclistes, on voit très bien que certaines personnes aiment pédaler lentement en appuyant lourdement sur le pédalier, tandis que d'autres moulinent à toute allure, en appliquant moins de pression à chaque tour. Il en va de même pour les moteurs.

Prenons un exemple extrême...

Imaginons d'un côté un cycliste supercostaud mais incapable de pédaler à plus de 30 tours à la minute. De l'autre, une cycliste de haut niveau pesant 50 kilos mais capable de mouliner à 90 tours/min. Pour simplifier, on peut considérer que notre cycliste costaud pourra appliquer 150 kilos de couple, 30 fois par minute. À 90 tours de pédalier par minute, notre athlète légère, elle, appliquera trois fois moins de couple (50 kilos), mais elle le fera trois fois plus souvent. Quel moteur humain sera le plus puissant? Aucune différence, vous l'aurez deviné. Les deux pourront rouler à la même vitesse maximale.

Ce dernier exemple permet d'illustrer la différence entre un moteur américain traditionnel et certains petits moteurs européens à haute performance. Par exemple, la Chrysler Crossfire à moteur atmosphérique et la Mazda RX-8 ont toutes deux à peu près la même puissance (un peu plus de 200 chevaux). Par contre, le moteur de la Mazda RX-8 produit presque deux fois moins de couple. Comment peut-il avoir la même puissance, alors? Comme dans notre exemple avec les cyclistes, ce moteur tourne à plus haut régime et il applique donc son couple plus souvent dans un temps donné.

Dans une course d'accélération, ces deux voitures offriraient des performances semblables parce qu'elles ont la même puissance maximale. Mais, en conduite, leur comportement est très différent.

À cause de son couple abondant à bas régime, la Crossfire développe plus de puissance à bas régime. Son moteur donne donc une impression de «force tranquille» puisqu'il livre de bonnes performances même à 2000 ou 3000 tours/min. À pareil régime, le moteur de la Mazda donne l'impression d'être endormi. Pour qu'il fournisse des performances semblables à celles de la Crossfire, il faut le faire tourner à 5000 ou 6000 tours/min. Certaines personnes apprécient ce genre de moteur au tempérament hyperactif, d'autres préfèrent des moteurs au comportement plus sobre.

Bentley contre Porsche

Nos collègues ont aussi essayé dans ces pages une Bentley et une Porsche. Toutes deux produisent un couple comparable (et gargantuesque), mais il s'agit de moteurs à la personnalité diamétralement opposée. La Porsche livre son couple maximal à 6000 tours/min. La Bentley fait de même à 1600 tours/min, soit juste au-dessus du régime du ralenti!

En pratique, cela signifie que la Bentley à moteur 12 cylindres vous collera au fond de votre siège dès que vous effleurerez l'accélérateur, parce que, même à très bas régime, elle fournit une puissance phénoménale. Pour obtenir le même résultat avec la Porsche, il faudra faire tourner son moteur à plus haut régime. Dans les deux cas, la puissance est au rendez-vous, mais elle est livrée de façon fort différente.

Possibilités illimitées

En faisant varier le régime et le couple des moteurs et surtout la plage de régimes auxquels ils sont produits, les manufacturiers peuvent créer une gamme presque infinie de «personnalités» de moteurs. Et, pour anticiper le comportement d'un moteur à partir de sa fiche technique, le couple est une mesure intéressante, mais il faut l'interpréter avec prudence et, surtout, tenir compte du régime auquel le couple est produit. Bref, il ne faut pas tomber dans le piège de la sursimplification.

Revenons à la bicyclette

Les notions de couple et de puissance peuvent être utiles à bicyclette. En fait, le défi, c'est de trouver l'équilibre entre le couple que vous appliquez (la pression sur les pédales) et le régime moteur (le rythme auquel vous moulinez).

Si vous moulinez trop vite, vous allez «pédaler dans le beurre», c'est-à-dire que vous ne réussirez pas à mettre suffisamment de couple sur les pédales. À l'opposé, si vous pédalez trop lentement, vous n'appliquerez pas votre couple assez souvent et vous y perdrez en puissance. Beaucoup de cyclistes ne pédalent pas assez vite et ils font surchauffer leurs muscles et leurs articulations en appliquant trop de couple, gaspillant ainsi une précieuse énergie. Faites des essais et vous trouverez un point d'équilibre.

En résumé

Pour évaluer les performances d'un véhicule, c'est surtout la puissance qui compte. Quant au couple, il constitue une mesure complémentaire intéressante pour évaluer le comportement d'un moteur, à condition de tenir compte du régime auquel il est produit.

Car, pris isolément, le couple ne veut pas dire grand-chose. Pour convaincre ceux qui douteraient encore, considérez ceci: un cycliste peut produire plus de couple qu'un moteur de Toyota Corolla!

Voilà. Maintenant, vous saurez que, quand quelqu'un dit que son moteur est très «torqueux», il veut sans doute dire en réalité : «mon moteur a une excellente puissance à bas régime, pardieu!». Et si vous voyez quelqu'un qui essaie de pousser sur sa maison, félicitez-le sur son couple impressionnant et quittez les lieux immédiatement!

En espérant que ces explications vous auront aidé à démystifier le monde du couple moteur, nous vous souhaitons un agréable été de couple humain!

Nous aimons recevoir vos commentaires. Si vous avez des questions ou des suggestions d'articles, écrivez-nous: redaction@ledevoir.com.

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo