Crise du logement - Montréal peut encore profiter du programme d'aide aux sans-logis

Québec pourrait revoir, l'an prochain, les critères de son programme d'aide d'urgence destiné aux sans-logis du 1er juillet afin que Montréal puisse continuer de bénéficier du financement accordé par le gouvernement. Cela lui épargnerait de subir le sort de la Ville de Gatineau qui ne sera pas admissible, cette année, à l'aide gouvernementale puisque le taux d'inoccupation de ses logements est devenu trop élevé, selon les critères établis par le gouvernement.

La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, a annoncé jeudi dernier que le gouvernement allait octroyer 19 millions de dollars à 123 municipalités du Québec afin de soutenir les mesures d'aide pour les ménages sans logis durant la période cruciale entourant le 1er juillet. Pour être admissibles, les villes ou agglomérations urbaines doivent afficher un taux d'inoccupation de leurs logements égal ou inférieur à 1,5 %. Ce taux à Montréal est passé de 1,1 % à 1,7 % au cours de la dernière année, mais comme celui de la région métropolitaine est de 1,5 %, elle pourra, encore cette année, profiter du coup de pouce de Québec.

La Ville de Montréal a donc rappelé hier qu'elle allait offrir les mêmes services d'aide que l'an dernier pour les ménages qui auront de la difficulté à se trouver un toit pour le 1er juillet. Dès le 15 juin, la ligne d'assistance téléphonique 868-GITE sera en fonction afin de soutenir ces familles dans leur recherche d'un logement. Celles qui n'auront pas réussi à se trouver un toit avant la fin de leur bail pourront être hébergées au YMCA où la Ville a réservé 48 chambres.

La Ville entend également renouveler les 2319 suppléments au logement qui avaient été accordés l'an dernier. La ministre des Affaires municipales vient d'ailleurs d'annoncer qu'un total de 800 nouveaux suppléments au loyer seraient octroyés cette année dans la province, mais Montréal ignore encore quelle part elle récoltera.

Au fil des ans, la crise du 1er juillet s'est atténuée à Montréal et on s'attend à ce que la tendance se maintienne. L'an dernier, la ligne d'assistance téléphonique a reçu 4123 appels, alors que, l'année précédente, on en avait compté 5890. De plus, 43 ménages avaient dû être hébergés par la Ville en 2004, alors que ce nombre était de 70 en 2003.

Comme le taux de vacance des logements tend à augmenter, il est vraisemblable qu'il dépasse bientôt le cap des 1,5 % dans la région métropolitaine, ce qui rendrait plusieurs municipalités qui la composent inadmissibles au programme d'aide d'urgence du gouvernement du Québec.

L'attaché de presse de la ministre Nathalie Normandeau précise toutefois que le gouvernement n'exclut pas l'idée de reconsidérer les modalités du programme à la lumière des enquêtes sur le taux d'inoccupation des logements dont les résultats seront connus à l'automne. «À partir des résultats des enquêtes, on décidera des orientations et des modulations du programme s'il y a lieu. En ce moment, il serait beaucoup trop tôt pour prédire ce qui va se passer dans cette éventualité», a indiqué hier Jonathan Trudeau.

La Ville de Gatineau, dont le taux d'inoccupation a atteint 2,1 %, n'a pas bénéficié de ces considérations et elle n'aura pas droit, cette année, au financement du gouvernement. «C'est catastrophique, déplore François Roy, coordonnateur de Logemen'occupe. C'est ici que les loyers sont les plus élevés de tous les centres urbains du Québec. Depuis quatre ans, mois après mois, semaine après semaine, on est confrontés à des familles à la rue.» Le maire Yves Ducharme a réussi à obtenir de la ministre l'assurance que la Ville recevrait de l'aide pour certains cas problématiques, mais, pour M. Roy, c'est trop peu. Au cours des quatre dernières années, rappelle-t-il, le coût des loyers a augmenté de 25 % en moyenne à Gatineau. «Si on considère le taux de vacance des logements accessibles, c'est clair qu'il serait inférieur à 1,5 %», ajoute-t-il.