Karla Homolka en liberté très surveillée

Karla Homolka-Teale sera libre d'ici le 5 juillet, mais ce sera une liberté très surveillée. En effet, le juge Jean R. Beaulieu, de la Cour du Québec à Joliette, lui a imposé hier une série de conditions strictes.

En rendant sa décision en fin d'après-midi après deux jours d'audiences, le juge Beaulieu a donc accepté les arguments des procureurs de la Couronne du Québec et de l'Ontario, estimant qu'il y a lieu d'avoir une «crainte raisonnable» en ce qui concerne le comportement futur de l'intimée.

Ainsi, selon ce que le juge a ordonné, Karla Homolka-Teale devra indiquer au poste de police le plus proche de sa résidence son occupation, son adresse et le nom des personnes avec qui elle vit. Elle devra aussi se présenter à la police le premier vendredi de chaque mois.

Il lui sera interdit de fréquenter des personnes possédant un casier judiciaire pour crime avec violence et de communiquer avec elles. Elle se voit aussi interdire d'occuper un emploi ou d'être bénévole à un endroit où elle aurait une relation de confiance ou d'autorité avec des personnes âgées de moins de 16 ans.

Ses déplacements seront étroitement surveillés: elle devra signaler tout changement d'adresse ou d'occupation quatre jours d'avance et tout voyage trois jours d'avance en indiquant l'itinéraire, la durée du séjour, le moyen de transport et les personnes qui l'accompagneront.

Il lui est interdit de communiquer avec son ancien mari, Paul Bernardo, les membres de sa famille et les familles des victimes du couple Bernardo-Homolka.

Il lui est interdit d'occuper un emploi qui la mettrait en contact avec des opiacés, des barbituriques et des benzodiazépines. Il lui est interdit de posséder drogues et stupéfiants.

Karla Teale devra également se soumettre à un relevé d'ADN mais, dans ce dernier cas, son avocate avait déjà indiqué au tribunal que sa cliente était d'accord avec cette mesure, tout comme elle entendait poursuivre une thérapie (la poursuite de sa thérapie actuelle fait aussi l'objet d'une condition).

Ces conditions sont imposées pour une durée d'un an alors que la situation sera réévaluée. Enfreindre une de ces conditions peut entraîner une peine d'emprisonnement de deux ans.

L'avocate de Karla Homolka-Teale, Sylvie Bordelais, avait indiqué dans sa plaidoirie qu'il n'y avait pas lieu d'imposer de telles conditions puisque sa cliente avait respecté tous ses engagements pendant sa peine de prison de 12 ans et que son comportement n'était pas à blâmer. Mais après le jugement, elle a indiqué que puisqu'elle avait déjà respecté tout ce qu'on lui demandait, «elle a l'intention de respecter chacune des conditions imposées aujourd'hui par le juge».

Me Bordelais a ajouté que tout ce que sa cliente souhaite, en plus évidemment de mener une vie normale, c'est de «revoir sa famille». Durant le procès, on avait appris que Karla Teale ne veut plus vivre en Ontario mais souhaite pouvoir s'y rendre afin de voir son père, très malade, ainsi que d'autres membres de sa famille.

En imposant ces conditions hier, le juge Beaulieu a surtout retenu deux faits précis. Le premier, c'est «le refus de l'intimée de s'impliquer» jusqu'au bout dans une thérapie qu'elle avait entreprise avec France Aubut, selon le rapport déposé par cette thérapeute. Il s'agit d'un «manquement important»: le fait de n'avoir pas discuté à fond de ses crimes, «sans doute dans un réflexe d'autoprotection, l'empêche d'en saisir toute l'énormité et certainement la prive d'un moyen efficace d'empêcher la récidive».

L'autre fait, peut-être encore plus important, c'est la relation qu'elle a entreprise lors de son passage au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines avec un détenu reconnu coupable du meurtre de sa conjointe et qui doit être expulsé dans son pays d'origine, la France, lorsqu'il sortira de prison.

«Le retour en 2005 dans cette situation de faiblesse dangereuse n'augure rien de bon pour l'avenir. L'intimée a eu l'occasion de se retirer de cette relation [mais elle ne l'a pas fait]», a déclaré le juge.

Cette relation a pesé lourd dans la démonstration faite hier devant le tribunal. Le psychiatre Louis Morissette avait été convoqué par la défense pour témoigner de la bonne conduite de Karla Teale. M. Morissette avait rencontré la détenue et consulté tous les rapports à son sujet pour conclure qu'elle n'était ni psychopathe ni délinquante sexuelle et que ses «facteurs de risque s'étaient atténués».

Dans sa décision, le juge Beaulieu a lui-même reconnu «qu'il est indéniable que Mme Teale a fait des progrès évidents et qu'elle a une attitude conforme».

Mais Louis Morissette avait aussi déclaré que cette relation épistolaire avec un détenu coupable du meurtre de sa conjointe était un «mauvais jugement» de sa part. Pressé de questions par la Couronne, il avait clairement indiqué que la grande faiblesse de Karla Homolka-Teale était «ses choix relationnels» et qu'il fallait poursuivre la thérapie pour en venir à bout. Autrement dit, dans son cas, les risques de récidive dépendent de l'influence de partenaires violents, comme ce fut le cas avec Paul Bernardo.

En Ontario, cette cause a suscité une telle émotion que le procureur général de la province, Michael Bryant, s'est rapidement adressé aux médias peu de temps après le jugement pour assurer aux Ontariens que leur sécurité demeure sa principale préoccupation et que «le système judiciaire sera très vigilant» et surveillera de près les déplacements et les agissements de Karla Homolka-Teale.