27 juin 1963 - Valentina, cosmonaute

Elle a chanté dans l'espace, ivre, libre. Et toutes les femmes, ses soeurs, enracinées dans la routine quotidienne, ont levé la tête. Toutes les femmes, secrètement fières, ont applaudi à l'exploit de Valentina [Terechkova] et l'ont enviée de planer au-dessus des contingences matérielles de la terre; de s'être évadée des tâches obscures perpétuellement répétées auxquelles elles sont astreintes depuis des millénaires.

[...]L'univers n'avait d'yeux que pour Valentina qui ouvrait aux femmes une nouvelle voie. La voie lactée! Des malins diront peut-être, railleurs, que c'est à la portée de toutes les femmes légères de... s'envoler! Les plus méchants ajouteront même que les femmes n'ont pas à monter si haut pour réussir à ébranler de respectables institutions politiques ou mettre en péril certains gouvernements!

Cependant, à côté d'une intrépide amazone de l'espace obtenant les manchettes des journaux de l'univers, il est des milliers d'autres femmes desquelles il se fait comme une conspiration du silence. Pourtant, ces autres femmes, épouses et mères, dont on ne connaît ni le sourire ni même le prénom modifient tous les jours, de l'intérieur, l'âme et le visage de l'humanité. Leur présence au sein du foyer est telle qu'elles tiennent, au creux de leur main, le bonheur de tous ceux qui vivent en orbite autour d'elles. Et cela n'est pas que littérature.

Chaque jour, elles retombent dans le réseau des mêmes gestes, dans le cadre de l'habitude; elles font souvent d'humbles travaux et frottent les coins les plus obscurs avec soin, par réel souci de propreté, pour le bien-être et le confort de ceux qu'elles aiment. Ces femmes, même en accomplissant les tâches les plus modestes, témoignent d'un raffinement qui rejoint celui du sculpteur de Reims qui, dit-on, 'fignolait dans les combles de la cathédrale, un ange que personne n'irait jamais voir, uniquement pour l'amour de l'art et de Dieu'.

Rolande A. L'ACERTE