Homolka est-elle encore dangereuse?

Karla Homolka vue par une artiste au palais de justice de Joliette hier.
Photo: Agence Reuters Karla Homolka vue par une artiste au palais de justice de Joliette hier.

Après une journée d'audience où la ville de Joliette a été prise d'assaut par les médias, le sort de Karla Homolka, qui se fait maintenant appeler Karla Leanne Teale, demeure toujours incertain.

Alors que le procureur général du Québec, en collaboration avec celui de l'Ontario, a tenté de démontrer qu'elle représentait toujours un danger pour la société, son avocate a produit une longue liste de commentaires d'experts selon lesquels elle n'est pas plus dangereuse qu'une autre et son comportement en prison était exemplaire.

L'audience se poursuit donc ce matin devant le juge Jean R. Beaulieu, de la Cour du Québec. Pour sa première apparition en public hier depuis une dizaine d'années, la plus célèbre criminelle du Canada était très attendue. Les cheveux longs de couleur châtain, portant un ensemble beige, le visage impassible, fixant les avocats plutôt que la salle, Karla Homolka-Teale, 35 ans, a quand même craqué une fois, lorsque le témoin du procureur a résumé en détail les atrocités qu'elle et son mari Paul Bernardo ont fait subir à des adolescentes. Fixant alors le sol en se cachant derrière ses longs cheveux, elle a essuyé des larmes, particulièrement en écoutant le récit de la mort de sa propre soeur Tammy, qu'elle avait droguée pour l'«offrir en cadeau» à son mari qui l'a violée.

Karla Teale sera libérée entre le 30 juin et le 5 juillet, après avoir purgé une peine de prison ferme de 12 ans pour homicide involontaire de deux adolescentes, Leslie Mahaffy et Kristen French, de St. Catherines, en Ontario.

Ces dernières années, elle était à la prison de Joliette. En 1993, elle avait passé un accord avec le procureur général de l'Ontario pour une peine réduite en échange de son propre témoignage contre son mari, celui-ci ayant été condamné à la prison à vie pour les viols et les meurtres des adolescentes. Cette entente a soulevé une énorme controverse, particulièrement en Ontario où la population estime qu'elle n'a pas reçu une sentence assez sévère.

Le représentant du procureur James Ramsay entend demander que lui soient imposées des conditions limitant sa liberté à partir de juillet, mais hier il n'avait toujours pas précisé lesquelles.

D'entrée de jeu, l'avocate de la défense, Sylvie Bordelais, a demandé une remise de la cause, en soutenant qu'elle entendait déposer une requête pour abus de procédure, mais cette demande a été refusée par le juge. Me Bordelais avait évoqué dans sa demande les commentaires des politiciens sur cette cause, ce à quoi le juge Beaulieu a répondu qu'il est «conscient que la présente procédure a fait l'objet d'un battage médiatique intense» mais que le tribunal ne sera influencé par personne, «même le premier ministre de l'Ontario ou celui du Canada. Le tribunal juge selon la preuve présentée».

Me Ramsay a produit un seul témoin, Brian Noble, de la police régionale de Niagara, qui a résumé les crimes commis au début des années 90, en insistant sur des éléments qui n'étaient pas connus lors du procès mais qui ont été publicisés par la suite, dont le fait que Karla Homolka avait participé aux crimes plus qu'on ne le croyait.

M. Noble a cité des rapports d'évaluation, particulièrement le rapport du Dr Major, témoignant d'un manque d'empathie de Karla Homolka-Teale et de son attitude indifférente face aux conséquences de ses actes. Interrogé pour savoir s'il craignait que quelqu'un soit victime de sévices graves après sa libération, il a répondu que oui.

Au cours des échanges avec ce témoin, on a pu apprendre qu'on a trouvé dans les effets de Karla Homolka-Teale une photo d'un détenu «en état de nudité» avec lequel elle échange une correspondance érotique.

Me Sylvie Bordelais a passé une partie de la journée à attaquer ce témoin et à lui faire lire d'autres rapports d'experts qui exprimaient l'idée que Karla Homolka-Teale ne représentait pas un danger pour la société. Elle a tenté de convaincre le juge que ce témoin avait choisi les rapports qui faisaient son affaire, ce à quoi M. Noble a répondu que c'étaient les évaluations négatives qui suscitaient des craintes et qui justifiaient qu'on prenne des mesures et non les évaluations positives.

Me Bordelais a produit plusieurs rapports faisant plutôt état du syndrome de femme battue chez Karla Homolka et du fait qu'elle était complètement manipulée par son mari Paul Bernardo.

Me Bordelais a également présenté son propre témoin, Daniel Cournoyer, chef d'équipe à la prison de Joliette, qui a expliqué que, dans cet établissement, on n'avait aucun rapport négatif sur Karla Teale, qu'elle n'avait pas eu de difficulté d'adaptation, que son comportement était «conformiste», qu'il n'y avait pas de plaintes de détenus ou d'employés contre elle, que sa fiche disciplinaire était vierge, que ses tests d'urine n'indiquaient aucune présence de substance illicite.

Pourquoi alors lui a-t-on plusieurs fois refusé une libération conditionnelle? On peut avoir un comportement conformiste et représenter un risque pour le public, a-t-il répondu.

L'audition se poursuit ce matin avec le témoignage du psychiatre Louis Morissette, convoqué par la défense. On s'attend ensuite à ce que les parties présentent leurs plaidoiries, mais on doute que le juge rende sa décision dans la journée.