Karla Homolka saura-t-elle relever les défis qui l'attendent?

Karla Homolka (à l’arrière) est accompagnée de sa soeur Lori et d’un policier à la sortie de la maison familiale, le 30 juin 1993. Homolka se rendait au palais de justice pour y subir son procès pour le meurtre de Kristen French et de Leslie Mah
Photo: La Presse canadienne (photo) Karla Homolka (à l’arrière) est accompagnée de sa soeur Lori et d’un policier à la sortie de la maison familiale, le 30 juin 1993. Homolka se rendait au palais de justice pour y subir son procès pour le meurtre de Kristen French et de Leslie Mah

Quel propriétaire lui louera un logement? Quel employeur l'embauchera? Karla Homolka, qui sera libérée entre la fin de juin et le 5 juillet, aura des défis plus coriaces à relever encore que des détenus «ordinaires» qui veulent réintégrer la société après avoir purgé leur peine.

Des organismes de défense des droits des détenus disent s'inquiéter du contexte social dans lequel Karla Homolka sera libérée, après tant de médiatisation et de méfiance du public.

Les citoyens, sur les tribunes téléphoniques, ne sont pas du tout chauds à l'idée de voir Karla Homolka, une ancienne assistante-vétérinaire qui a maintenant 35 ans, devenir leur voisine ou leur concitoyenne.

Le procureur général de l'Ontario, appuyé par celui du Québec, demandera aujourd'hui à la Cour du Québec chambre criminelle d'imposer des restrictions à sa liberté après sa sortie de prison de Joliette.

Rien n'a été officiellement confirmé, mais les autorités pourraient par exemple exiger qu'on lui impose un couvre-feu, qu'elle se rapporte régulièrement à la police, qu'elle prévienne les autorités si elle quitte le Québec et qu'elle donne un échantillon d'ADN.

On s'attend à ce que l'avocate de Karla Homolka s'oppose à ces restrictions, puisqu'elle a fini de purger sa peine pour homicides involontaires.

Bien que Karla Homolka ait purgé la totalité de sa peine, bien des gens trouvent cela insuffisant, compte tenu qu'après sa collaboration avec la police en 1993, pour incriminer son ex-mari Paul Bernardo, on a découvert des cassettes démontrant qu'elle avait activement participé aux viols et aux meurtres des adolescentes Kristen French et Leslie Mahaffy.

«Le défi, c'est quand on a les deux pieds dans la rue» après la prison, qu'on est confronté à la réalité quotidienne, relatait en entrevue Suzanne Gravel, coordonnatrice au Groupe de défense des droits des détenus de Québec.

Mme Gravel rapporte ce qu'elle entend de la part de ces ex-détenus: «Souvent, les gars me disent: "Le plus grand défi, c'est d'organiser sa journée le matin." Parce qu'on a été appelé pendant 10, 12, 15 ans à ne pas prendre de décision, à se dire que ce sont les autres qui décident à quelle heure on mange et comment on fait. C'est tellement encadré que, souvent, le défi [quand on retourne dans la société], c'est d'arriver à planifier sa journée.»

Mme Gravel souligne que, lorsqu'on croit en la réhabilitation, on doit donner des chances et des outils à la personne concernée. «Si on veut qu'elle devienne une bonne citoyenne, il faut lui donner quelques outils pour lui permettre de le devenir.»

Criminologue et président de l'Office des droits des détenus, Jean-Claude Bernheim accuse le gouvernement de l'Ontario de vouloir récupérer politiquement l'événement pour marquer des points dans l'opinion publique. Il se demande pourquoi ce n'est que maintenant qu'il s'offusque et monte au front. «C'est du spectacle», s'est-il exclamé en entrevue.

«On veut que le public soit sur les dents; on veut que ce cas-là soit médiatisé le plus possible, parce que le gouvernement veut donner l'impression d'agir pour la protection de la société», critique M. Bernheim.

M. Bernheim reconnaît que la société ne peut être sûre à 100 % que Karla Homolka ne commettra plus de crime. «Elle pourrait éventuellement récidiver. On ne peut jamais rien garantir. Mais si on veut éviter la récidive, il faut essayer de regarder la situation de manière plus pondérée, puis relativiser, parce que le paradis terrestre, ce n'est pas ici que ça existe.»

«Les citoyens courent beaucoup plus de risques d'attraper le C. difficile que d'être victimes de Karla Homolka, mais ça, on ne le dit pas», critique encore M. Bernheim.