Sondage Léger Marketing - Qui a peur des homosexuels?

Photo: Agence Reuters

Les Québécois sont résolument plus ouverts à l'homosexualité que l'ensemble des Canadiens, en particulier les Albertains. Ils sont plus nombreux à compter des homosexuels parmi leurs amis et leurs collègues ou au sein de leur famille et acceptent mieux leur orientation sexuelle. Dans l'ensemble, les Canadiens estiment que leur perception de l'homosexualité s'est améliorée depuis cinq ans.

C'est ce qui ressort d'un sondage Léger Marketing réalisé pour le compte de la Fondation Émergence et dévoilé à l'occasion de la troisième Journée nationale de lutte contre l'homophobie.

Le quart des Canadiens (24 %) et près du tiers des Québécois (32 %) disent que leur perception de l'homosexualité s'est améliorée au cours des cinq dernières années, ce qui en fait la région du pays où cette proportion est la plus élevée. Il n'y a qu'en Alberta qu'une proportion plus importante de répondants ont dit avoir aujourd'hui une perception moins positive de l'homosexualité (16 %).

Le président de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, se réjouit de voir de tels résultats, malgré le débat houleux sur les mariages homosexuels qui fait rage depuis des mois, voire des années. «À la Chambre des communes, on a entendu des propos très homophobes. [...] Mgr Turcotte a même déclaré que si deux homosexuels pouvaient se marier, on devrait autoriser le mariage d'un père et de sa fille. [...] Malgré tout cela, les gens nous disent que leur perception s'est améliorée. C'est encourageant.»

Le sondage, réalisé auprès de 1507 répondants et qui comporte une marge d'erreur de 2,6 %, révèle que les Canadiens sont plutôt favorables, dans une proportion de 57 %, aux mariages entre homosexuels. Encore une fois, c'est au Québec que cet appui au projet de loi est le plus important, soit 63 %. L'Alberta ferme encore la marche avec 41 % des répondants qui se disent favorables aux mariages gais. Comme c'est le cas pour la plupart des questions, l'Ontario s'inscrit en plein dans la moyenne canadienne.

Au-delà des positions de principe, la fondation a également voulu savoir si les Canadiens accepteraient de participer à une cérémonie de mariage entre homosexuels. Les deux tiers des Canadiens se rendraient aux noces, comparativement à 77 % des Québécois et seulement 49 % des Albertains. «C'est du rejet, ça, quand on refuse d'assister à un mariage pour cette seule raison», s'exclame M. McCutcheon.

Un clivage peu surprenant

Il ne s'étonne pas des différences marquées entre le Québec et le reste du Canada observées dans les réponses aux diverses questions du sondage. «Au Parlement, le gros bloc d'opposition au mariage gai, les radicaux, viennent en grande partie de l'Ouest, à l'exception du NPD. Sur toutes les questions progressistes, on observe le même décalage avec le Québec. Cela s'inscrit dans le même courant», croit le président de la Fondation Émergence, qui avoue à la blague qu'il serait beaucoup plus «prudent» s'il vivait en Alberta.

Il explique l'homophobie et les perceptions négatives par le fait qu'une majorité de répondants ne connaissent pas d'homosexuels. Seulement 22 % des Canadiens comptent des homosexuels dans leur famille (29 % des Québécois), 38 % parmi leurs collègues (47 % au Québec) et 39 % parmi leurs proches (43 % au Québec). «Que la perception soit négative lorsqu'on ne connaît personne, ce n'est pas étonnant», commente M. McCutcheon.

En effet, lorsqu'un visage peut être accolé à la réalité, celle-ci est acceptée «plutôt facilement», dans une proportion de 85 à 89 % au Canada, comparativement à 92 à 98 % au Québec (selon qu'il s'agit, dans l'ordre, de membres de la famille, d'amis ou de collègues de travail).

Le coup de sonde montre également que la moitié des Canadiens considèrent l'homosexualité comme un état «anormal» (37 % au Québec). Cette statistique est cependant nuancée par le fait que les deux tiers disent être «à l'aise» avec l'homosexualité (74 % au Québec).

«Cela nous montre qu'il y a encore beaucoup d'éducation à faire», commente M. McCutcheon, soulignant que la campagne d'affichage amorcée récemment vise les familles. On y voit un bébé tout rose avec l'inscription «présumé hétérosexuel - présumée hétérosexuelle». «Il faut que les parents soient prêts à savoir qu'il y a une possibilité que leur enfant soit homosexuel», ajoute M. McCutcheon. Cette présomption d'hétérosexualité s'avère être une erreur une fois sur dix.

Outre l'affichage, la sensibilisation à l'homophobie se poursuivra aujourd'hui à 10h dans plusieurs écoles de Montréal. Les professeurs sont invités à consacrer dix minutes à une discussion sur l'homosexualité, qui débutera par la lecture d'une lettre d'un jeune homosexuel à ses parents, composée par le réputé dramaturge Michel Marc Bouchard.

Hommage à Trudeau

La fondation décernera également aujourd'hui son prix Lutte contre l'homophobie 2005 à l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, à titre posthume, afin de souligner le retrait du Code criminel canadien des dispositions relatives à la criminalisation des relations sexuelles entre personnes de même sexe, en 1969, et l'inclusion d'une charte canadienne des droits et libertés dans la Constitution canadienne lors de son rapatriement, en 1982. «Pierre Elliott Trudeau a été le principal artisan de ces changements fondamentaux et, en ce sens, sa contribution à l'avancement des droits des personnes homosexuelles a été majeure, sans doute la contribution canadienne la plus importante à ce chapitre», a commenté Laurent McCutcheon. C'est le fils de Pierre Elliott Trudeau, Alexandre, qui viendra chercher le prix décerné à son père.

Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy