Produits biologiques - Dans un panier bio près de chez vous...

Le réseau québécois Agriculture soutenue par la communauté (ASC) estime aujourd'hui à près de 20 000 le nombre des personnes ayant accès à des aliments par l'intermédiaire d'un réseau qui assure la distribution de paniers d'aliments biologiques aux quatre coins de la province. Comme quoi il serait erroné de soutenir que l'intérêt des Québécois pour le biologique n'est qu'une mode passagère de consommation alimentaire.

En moins d'une décennie, ASC a réussi à étendre son action à l'ensemble de la province. Aujourd'hui, des fermes écologiques ravitaillent près de 365 points de chute éparpillés dans 14 régions. L'attrait des producteurs pour ce mode de distribution est notable et a augmenté considérablement au cours des dernières années.

Comptant sept fermes en 1996, le réseau est passé à 14 en 1997, pour atteindre le nombre de 60 en 2002. «Cette année, il y a 77 fermes. Il y en a aussi qui s'associent à celles-ci pour offrir des produits biologiques disponibles sur demande», comme le miel, des produits de la pomme ou des fromages, explique Isabelle Joncas, coordonnatrice d'ASC chez Équiterre, l'organisation qui chapeaute le réseau.

Ce mode de distribution, qui abolit tous les intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs — qu'on rebaptise ici «partenaires» — gagne en popularité. Le fonctionnement est simple et de plus en plus connu: les «partenaires» achètent, à l'avance, une part de récolte à une ferme biologique. Celle-ci leur assure en retour une livraison hebdomadaire d'un panier de fruits et de légumes saisonniers dans leur quartier respectif.

Pour un contact direct

L'intérêt des producteurs pour ce type de mise en marché découle, entre autres, des difficultés qu'ils rencontrent pour distribuer leurs produits. En fait, trois possibilités de mise en marché s'offrent à eux. La première, certainement la plus vieille de toutes, réside dans la vente à l'intérieur même de marchés comme Atwater, Maisonneuve ou Jean-Talon. Une perspective qu'envisagent certains, mais qui ne se révèle pas toujours être aussi profitable qu'espéré. «On entre directement en concurrence avec les produits traditionnels», note pour sa part le propriétaire de la ferme Les Jardins de Tessa, Frédéric Duhamel.

Quant à l'accessibilité des grandes surfaces de distribution, les fermes doivent être disposées à se prêter au jeu du marché, qui se traduit, dans ce cas-là, par une augmentation de l'offre de leurs produits. Environ 80 % du marché des grandes surfaces au Québec se divise entre trois entreprises: Loblaws (Loblaws, Maxi et Provigo), Sobeys (IGA, Marché Bonichoix, Marchés Tradition) et finalement Metro (Loeb, Marché Richelieu, Metro et Super C). Cette réalité pousse les producteurs intéressés par ce marché à se regrouper autour de distributeurs communs.

Toutefois, selon M. Duhamel, ASC propose la meilleure des solutions de rechange: «Il offre le contact avec le consommateur. Ce qui m'intéresse beaucoup. Cela nous permet d'avoir un feed-back direct sur ce que nous offrons.» Dans cette perspective, le réseau peut être perçu comme un baromètre de la qualité de ce qui est distribué. Ce qui rejoint l'objectif premier des producteurs, comme M. Duhamel, qui ont fait le choix du biologique pour des raisons liées à la qualité des produits et au respect de l'environnement.

Quant à la critique selon laquelle ce système de distribution contraint les consommateurs relativement au choix des produits, sur lequel ils ne détiennent aucun pouvoir, ASC se défend en affirmant que les paniers contiennent toujours un minimum de six fruits ou légumes. Un nombre qui peut augmenter selon la ferme avec laquelle le consommateur fait affaire. Les Jardins de Tessa se sont dotés d'une politique les contraignant à offrir au minimum sept aliments différents. Mme Joncas soutient qu'il s'agit aussi de sensibiliser les partenaires aux réalités saisonnières.

À l'assaut des régions

Ce système de distribution qui a vu le jour, dans sa forme actuelle, en 1996, à Montréal, s'est en moins d'une décennie étendu à la quasi-totalité du territoire québécois. Certaines fermes ont d'ailleurs fait le choix de se soustraire aux grands marchés comme Québec et Montréal, pour ne distribuer que leurs produits qu'à l'échelle locale.

Les Arômes de la Terre est une ferme du Centre-du-Québec qui fait partie de celles-ci. Elle concentre sa distribution dans les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. «On dessert principalement Shawinigan, Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine. Nous, on a fait le choix de ne pas se développer vers Montréal et vers Québec», indique Anne-Marie Tanguay, copropriétaire de la ferme.

Elle ajoute: «On croit que les gens de la région ont également droit à cette formule-là. Et cela rejoint le deuxième principe d'ASC, qui est de favoriser la production locale. De plus, écologiquement parlant, il y a un coût à se rendre à Montréal; c'est 150 km de route, donc 300 km aller-retour, pour aller porter des paniers.»

Par ailleurs, ce choix comporte de nombreux défis. Le principal relève du travail de sensibilisation de la population à ce mode de distribution, moins connu à l'extérieur des grands centres. «Au niveau des prix, c'est à peu près la même chose. Mais le plus difficile, c'est de faire comprendre aux gens que ce n'est pas vraiment plus cher d'acheter des légumes de cette façon, parce que, pour notre part, on n'a pas d'intermédiaire à payer», explique-t-elle.

Ce qui n'a pas empêché la ferme, au cours des dernières années, de tirer son épingle du jeu. Sa participation à ASC lui permet de recueillir jusqu'aux deux tiers de ses recettes annuelles. «On mise beaucoup là-dessus. Cette année, on a déjà presque atteint notre objectif de 125 paniers. Et on n'a fait aucune publicité. L'an dernier, on avait un objectif de seulement 45 paniers, qu'on a eu de la difficulté à atteindre», note-t-elle.