À contre-courant

Photo: Agence France-Presse (photo)

Avant, il y avait le carême pour faire fondre les surplus accumulés tout au long de l'hiver. Aujourd'hui, on s'en remet aux cures et aux piscines pour éliminer les excès de toute une vie, si brève soit-elle.

Vous souvenez-vous du «colonel» Sanders, celui qui faisait la promotion du poulet «bon à s'en lécher les doigts»? Si le personnage a longtemps fait la publicité de ce poulet qui, en bouche, a un goût de sucre et de gras, déguisant même la texture de la viande, il est un fait sur lequel il a été moins loquace: dans les années 70, il s'était offert un petit séjour à Durham, en Caroline du Nord, pour s'imposer une cure, un «régime», en fait, à base de riz et de fruits. Pourquoi? Simple question de retrouver la ligne...

Et il n'a pas été le seul à fréquenter cette ville, dont la fortune a longtemps été assurée par une forte présence manufacturière centrée sur le tabac et qui maintenant fait ses «choux gras» de toutes ces graisses en trop qui débordent dans toute l'Amérique. Se retrouvent donc proposés, en cette ville luxuriante du Sud, trois programmes distincts qui ont chacun pour objet l'amaigrissement volontaire: à choisir donc entre le Rice Diet Programme, le Structure House et le Duke Diet and Fitness Center.

Et, comme l'a récemment rapporté le New York Times, vous pouvez donc voir déambuler en ces lieux, et, dans certains cas, pour une troisième année, une jeune femme qui affiche sur les trottoirs ses 100 kilos en moins et qui espère en perdre 25 autres. Elle peut ainsi rencontrer un autre visiteur qui faisait au départ osciller le pèse-personne à 250 kilos!

En trop

Les États-Unis, ce royaume de la restauration rapide, semblent d'ailleurs proposer, comme cuisine nationale, un menu quotidien constitué en fait d'un long dessert qui débute dès l'entrée pour finir avec un sommet calorique qui a pour nom glace, gâteau ou autres sucreries. On sait aujourd'hui les dangers d'une alimentation facile: on évalue ainsi à plus de 100 milliards de dollars américains les coûts annuels engendrés par les diabètes, problèmes cardiaques et maladies de même nature.

Ailleurs, on se croyait à l'abri d'un tel excès. Pourtant, il en est en Europe pour souligner que le modèle américain, dans le monde alimentaire cette fois-ci, s'impose trop. Et, au Québec, les dernières nouvelles à propos de la santé des jeunes démontrent que les mauvaises habitudes alimentaires semblent devenir la norme.

Que faire alors, si on ne veut pas séjourner dans la capitale mondiale des lipides et autres gras, à des coûts qui varient de 2000 $ à 2600 $ pour une première semaine de cure, avec tarif régressif pour séjour prolongé, tout en faisant un passage obligé en fin de parcours pour une chirurgie esthétique nécessaire, les chairs s'adaptant mal aux intérieurs en diminution?

En plus

L'été venu, et pourtant cela est proposé à longueur d'année, il est facile de vivre sainement: le monde extérieur est accueillant et toute l'industrie alimentaire ne demande pas mieux que de mettre du vert, du rouge, du blanc dans l'assiette. Les marchés publics et les épiceries locales débordent en effet de cette nourriture qui se veut santé. Légumes et fruits sont là, à des coûts économiques.

Il suffit d'accepter cette offre et de ne plus se laisser tenter par toute une industrie qui ne demande qu'à corrompre. D'ailleurs, dans ce dernier cas, tous les moyens sont bons: un tel gras serait néfaste, et la publicité mentionne donc que tel produit n'en contient plus, comme s'il était ainsi, par une telle absence, devenu sain, faisant oublier l'abondance calorique inhérente au contenu de l'emballage qui le met en vedette.

Et les modes se transforment, au gré des dernières peurs: avant, c'était le gras, aujourd'hui, c'est le sucre! Et les produits hypocaloriques suscitent des chiffres de vente au résultat spectaculaire, ayant même doublé en volume au cours de la seule dernière année.

Alors, pourquoi attendre avant de se mettre au vert et de corriger ce qui pouvait être évité dès le départ? Faut-il s'imposer des séjours de remise en forme pour découvrir ce qu'est le bien-être?