Échange de seringues - Une épine de moins dans le pied de Cactus

Photo: Agence Reuters

La saga du déménagement de Cactus Montréal a pris une nouvelle tournure cette semaine. Deux des trois élus de l'arrondissement de Ville-Marie sont désormais favorables à la relocalisation de l'organisme dans la rue Sainte-Catherine, à l'angle de la rue Sanguinet. La balle est maintenant dans le camp de la ville centrale puisque c'est le comité exécutif qui devra trancher.

Le conseiller municipal de Saint-Jacques, Robert Laramée, qui s'opposait au déménagement de Cactus rue Sainte-Catherine, a perdu l'appui de son collègue Martin Lemay, maire de l'arrondissement de Ville-Marie. Lors de la séance du conseil d'arrondissement mardi soir, celui-ci a fait savoir qu'il appuierait la demande de relocalisation de l'organisme et ne bloquerait pas la vente du terrain convoité par Cactus. Il se range donc du côté de la conseillère indépendante du district de Peter-McGill, Louise O'Sullivan, qui s'était déjà prononcée en faveur du déménagement au mois de mars dernier.

«Mes deux collègues m'ont lâché et ont lâché les citoyens. Il serait plus juste de dire que mes deux collègues ont lâché les 560 enfants des habitations Jeanne-Mance et les 1000 ménages et familles du Faubourg Saint-Laurent, en pleine revitalisation commerciale et immobilière», a indiqué hier Robert Laramée, sur un ton dépité.

Rappelons que Cactus, un organisme qui vient en aide aux toxicomanes et gère un programme d'échange de seringues, souhaite depuis des mois se porter acquéreur du parc Godfrey, situé rue Sainte-Catherine, afin d'y construire un nouveau centre. Les locaux occupés par Cactus dans la rue Saint-Hubert étant devenus trop exigus, l'organisme doit absolument se reloger, n'a cessé de répéter la direction de Cactus. Mais, à plusieurs reprises, les élus de l'arrondissement ont refusé de céder le terrain qui appartient à la Ville. Le dossier s'est enlisé et l'organisme en est venu à craindre de perdre une subvention de 1,1 million que lui avait accordée le gouvernement fédéral pour se relocaliser.

Le conseiller Robert Laramée a toujours fait valoir que la présence de Cactus rue Sainte-Catherine n'était pas souhaitable et que le projet suscitait une vive opposition tant chez les résidants que chez les commerçants du quartier. Il suggérait plutôt à Cactus d'occuper les étages supérieurs de l'édifice de la rue Saint-Hubert. Pour Cactus, cette solution était inacceptable car elle le forçait à chasser les 29 chambreurs qui y logent. «Mes collègues ont flanché devant la crainte de perdre la subvention fédérale. Mais moi, je dis que ce million de dollars ne doit pas justifier cette décision. S'il n'est plus là, on ira le chercher en temps et lieu», croit M. Laramée.

Pour Louis Letellier de Saint-Just, la volte-face de Martin Lemay constitue une importante victoire. «On n'est pas loin du but», affirme le président du conseil d'administration de Cactus, qui a multiplié, au cours des dernières semaines, les rencontres avec les autorités en santé publique et les élus de la Ville, y compris le maire Gérald Tremblay, afin de faire débloquer l'impasse.

Le dossier de Cactus sera donc acheminé au comité exécutif, qui devrait prendre une décision au cours des prochaines semaines avant de le soumettre au vote des élus du conseil municipal. M. Letellier de Saint-Just croit que le projet de déménagement de Cactus a de bonnes chances d'être approuvé par les membres du comité exécutif.

Robert Laramée n'a pas l'intention d'en rester là et affirme que les résidants et les gens d'affaires du quartier préparent un plan de mobilisation afin de faire entendre leur point de vue. «Je n'ai jamais voulu confronter la population avec Cactus. On n'a jamais remis en question la mission de Cactus et on n'a jamais émis de préjugés défavorables à l'égard de l'organisme, dit-il. Mais la mobilisation va prendre beaucoup plus d'importance parce que les citoyens ont vu qu'ils étaient abandonnés par la majorité des élus de Ville-Marie.»

Les résidants du secteur sont déçus de la volte-face de Martin Lemay et appréhendent l'arrivée possible de Cactus. Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs d'entre eux ont insisté pour dire qu'il n'en avaient pas contre l'organisme mais qu'ils craignaient pour leur quiétude. «Lorsque Cactus opérait à l'angle des rues De Bullion et Charlotte, il y avait davantage de prostitution et de vols par effraction», a signalé l'un d'eux.

Louis Letellier de Saint-Just est conscient de l'opposition des citoyens. «On a cette expérience et c'est notre lot, celui de l'adversité et de l'opposition des citoyens. C'est normal. En 2005, on ne peut pas éviter ce genre de contestation-là, mais j'aimerais mieux parler d'un inconfort et d'une incompréhension», dit-il.