L'Allemagne est partagée

Berlin — La classe politique et les responsables des Églises allemands ont salué l'élection du nouveau pape comme un honneur pour l'Allemagne, tandis que les contestataires exprimaient leur amère déception.

«C'est un grand honneur pour l'Allemagne», a déclaré le chancelier social-démocrate Gerhard Schroeder au cours d'une très brève conférence de presse à Berlin. «Cela nous remplit de joie et d'un peu de fierté qu'un de nos compatriotes soit devenu pape», a renchéri le président allemand Horst Koehler, se disant persuadé que le nouveau pape «continuerait à s'engager comme son prédécesseur pour la dignité de l'homme et la paix dans le monde».

Pour sa part, le ministre allemand des Affaires étrangères, l'écologiste Joschka Fischer, espère que «la collaboration avec le Saint-Siège sous Benoît XVI sera aussi bonne qu'avec son prédécesseur».

Cette élection a réjoui tout particulièrement le président de l'Union chrétienne sociale (CSU) bavaroise, Edmund Stoiber, y voyant «un jour historique et unique pour la Bavière et toute l'Allemagne». Benoît XVI est originaire du petit village bavarois de Marktl.

M. Stoiber, qui a rencontré personnellement à plusieurs reprises le cardinal Ratzinger, est «convaincu que le nouveau pape va parler et réunir les catholiques du monde entier, non seulement en tant que l'un des plus brillants théologiens, mais aussi en tant qu'homme et pasteur».

Les représentants des églises catholiques et protestantes allemandes ont également réagi avec satisfaction. La «continuité» est assurée avec le nouveau pape Benoît XVI par rapport à l'héritage du pape Jean Paul II, a affirmé le secrétaire général des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ), Heiner Koch, qui doivent se tenir en août à Cologne (ouest de l'allemagne).

Pour sa part, le président du Conseil de l'Église protestante en Allemagne (EKD), l'évêque Wolfgang Huber, a affirmé que Benoît XVI avait des positions théologiques bien marquées et qu'il «connaissait bien» la religion réformée allemande et les discussions oecuméniques.

En revanche, les contestataires allemands se sont montrés très critiques. «C'est une immense déception pour d'innombrables personnes qui avaient espéré un pape [...] réformiste», a déclaré le théologien contestataire suisse, Hans Kueng, tout en estimant qu'il fallait malgré tout «donner une chance» au nouveau pape, susceptible d'«apprendre» dans ses nouvelles fonctions.

Les «problèmes vont rester tels qu'ils sont dans l'Église», car c'est «le bras droit» de Jean Paul II qui a été élu, a renchéri le mouvement contestataire allemand «Nous sommes Église» («Wir sind Kirche»), exprimant sa déception après l'élection du cardinal Ratzinger, âgé de 78 ans.

«Nous aurions espéré que les cardinaux aient délibéré plus longtemps et trouvé quelqu'un qui ne soit pas d'une ligne conservatrice aussi claire, telle qu'elle a été exprimée lundi par le cardinal Ratzinger dans son sermon» avant le Conclave, a indiqué à l'AFP Christian Weisner, porte-parole du mouvement.

Aux yeux du contestataire catholique, ex-prêtre et psychanalyste allemand, Eugen Drewermann, interdit d'enseignement en 1991, «il est à craindre que Ratzinger continue à renforcer les divergences entre les Églises dans le monde et en Allemagne».