Espoirs déçus en Amérique latine

Le pape Benoît XVI
Photo: Agence Reuters Le pape Benoît XVI

Montevideo — L'Amérique latine, qui abrite près de la moitié des catholiques du monde (49,8 %), attendait un pape plus progressiste que le nouveau pape Joseph Ratzinger qui, aux côtés de son prédécesseur Jean-Paul II, avait combattu dans cette région aux inégalités criantes, l'aile la plus progressiste de l'Église.

Peu après l'élection de Joseph Ratzinger, le sociologue Fabian Sanabria, directeur de l'Institut colombien des études religieuses, a estimé qu'elle «va diviser l'Église catholique, en particulier en Europe et aux États-Unis où son nom soulève beaucoup de réserves».

En Amérique latine, a-t-il poursuivi, le nom du cardinal allemand rappelle la lutte menée par le Vatican contre les tenants de la Théologie de la libération dans les années 1980, lorsqu'il dirigeait la puissante congrégation pour la doctrine de la foi, l'héritière de la sainte inquisition.

Avant l'élection du nouveau pape, Jeffrey Klaiber, jésuite américain et professeur à l'Université catholique du Pérou, jugeait que, pour l'Amérique latine, «l'idéal serait un Jean XXIII, qui était très conscient que l'Église avait perdu contact avec le monde moderne».

Élu pape en 1958 après la mort de Pie XII, Jean XXIII avait provoqué la surprise en convoquant, en 1962, le concile oecuménique Vatican II, destiné à adapter l'Église aux temps nouveaux.

«On a besoin d'un nouveau Jean XXIII, qui avait vraiment décidé d'un aggiornamento [mise à jour] de l'Église catholique», avait également estimé le Péruvien Luis Pasara, spécialiste des questions religieuses à l'université de Salamanque (Espagne), soulignant que cela peut passer par «une série de priorités comme le mariage des prêtres».

Une position qui était partagée par des responsables catholiques et des théologiens brésiliens qui considèrent que le célibat des prêtres n'est pas un dogme immuable de l'Église et que le prochain pape pourrait modifier cette tradition.

«Une modernisation interne peut lui donner une plus grande crédibilité et sortir [l'Église] de la paralysie où elle se trouve sur certains sujets, comme le rôle de la femme», disait M. Pasara.

Pour lui, ce refus de s'adapter aux temps nouveaux a provoqué le déclin de l'Église catholique au profit des groupes protestants ou évangéliques.

«Aujourd'hui, nous avons moins de prêtres, la messe dominicale est devenue une antiquité, et les jours fériés religieux sont de grands week-ends laïques», remarquait-il.

Cependant, remarque Fabian Sanabria, «avec Ratzinger, il sera très difficile d'espérer un aggiornamento dont l'Église catholique a besoin».

Dans un des plus grands bidonvilles de Caracas, Petare, le curé de la paroisse Bruno Renault, voyait hier dans ce choix «le triomphe de l'aile la plus conservatrice de l'Église».

«Je sentais que cela n'allait pas être un Latino-Américain, les Européens donnent de la sécurité et, dans le cadre de l'insécurité que vit aujourd'hui l'Église, les cardinaux ont misé sur la sécurité», a-t-il témoigné.

«Ratzinger a été l'homme qui a renforcé l'orthodoxie dans l'Église et il est difficile d'attendre de la modération de sa part, même s'il est difficile de faire une quelconque prévision», a-t-il conclu.

Pour sa part, la hiérarchie de l'Église latino-américaine s'est majoritairement réjoui de la désignation de Joseph Ratzinger, qui a pris le nom de Benoît XVI.

Le président de la Conférence épiscopale du Venezuela, Mgr Baltasar Porras, a estimé que le nouveau pape n'était pas conservateur, mais «un homme très clair dans sa pensée, un homme de déclarations courtes et brèves, nous l'avons vu lors de son premier salut».

«C'est un homme de la pensée européenne, un Allemand avec des idées très claires», a-t-il dit.

Mgr Porras, qui a eu l'occasion de converser avec Ratzinger à Rome au début de l'année, a indiqué que le nouveau pape lui avait expliqué qu'il connaissait peu l'Amérique latine, mais la sentait «très proche».