Vu de la route - Attention : véhicules à deux roues !

Mexique. Je roule en moto, seul dans ma voie, sur une grande ligne droite. En sens inverse, une vieille Coccinelle bloque une longue file de voitures. Du bout de la file, presque un kilomètre devant, je vois sortir un énorme autobus qui fonce dans ma voie. Je me dis qu'il va se ranger après avoir doublé quelques autos. Mais non! Il continue droit vers moi! J'ai beau faire des appels de phare, me montrer déterminé à faire respecter mon «droit», il fonce toujours sur moi...

Évidemment, je me suis rangé sur l'accotement et je l'ai laissé passer!

À l'époque, cette anecdote m'a fait réaliser avec acuité la différence de pouvoir qui vient avec la différence de taille...

Normalement, rares sont les automobilistes ou les camionneurs qui profitent à ce point de leur avantage sur de plus petits véhicules. Mais dans les faits, reste que le gros fera toujours peur au petit. Et que le petit aura toujours raison d'avoir peur du gros...

Attention aux plus petits

Les cyclistes et les motocyclistes ont naturellement une conscience plus aiguë de cette réalité puisque ce sont eux les victimes potentielles. Ils doivent conduire de façon plus défensive, et cela a un impact important sur la façon dont les conducteurs de deux roues aimeraient que les conducteurs de quatre roues se comportent à leur égard.

Loin de moi l'idée de faire la morale aux automobilistes (j'en suis aussi un moi-même). Mais voici quelques considérations qui pourront aider les automobilistes à mieux comprendre les conducteurs de ces drôles de petits véhicules qui réapparaissent avec le printemps.

Est-ce qu'il m'a vu ?

Imaginez la scène suivante. Vous vous apprêtez à sortir d'une entrée pour rejoindre la grande route et vous apercevez un motocycliste qui approche. Vous avancez lentement vers la route. À votre avis, que se passe-t-il à ce moment-là dans la tête du motocycliste? Eh bien, il se demande, avec anxiété: «Est-ce qu'il m'a vu?»

Alors, il n'a pas d'autre choix que de ralentir. Tant qu'il n'aura pas vu vos yeux qui le voient ou perçu un feedback de votre part, il n'aura pas la CERTITUDE que vous l'avez vu. Et pour rester longtemps en vie sur deux roues, il faut avoir des certitudes...

En plus d'augmenter inutilement le niveau de stress chez le motocycliste ou le cycliste, le fait de ne pas donner de feedback ajoute un autre danger potentiel. En effet, tout cycliste ou motocycliste d'expérience aura instinctivement tendance à ralentir en cas d'incertitude. Or, le conducteur d'un véhicule qui suit le deux roues pourrait être surpris par ce ralentissement auquel il ne s'attendait pas. D'où un risque supplémentaire: celui de se faire emboutir par l'arrière...

Annoncez vos intentions

Dans une situation comme celle que nous venons de décrire, il faudrait que l'automobiliste freine dès qu'il voit la moto, pour que le motocycliste le voie arrêter et obtienne ainsi un feedback lui disant: il m'a vu. De grâce, ne continuez pas à avancer. Même si vous savez très bien que vous l'avez vu et que le fait d'avancer un peu ne semble poser aucun problème, dites-vous bien que le motocycliste, lui, ne le sait pas. Et qu'il ne peut pas courir ce risque.

Ce raisonnement s'applique à une foule de circonstances, autant pour les motos que pour les vélos. Svp, cher automobiliste, prenez l'habitude d'annoncer vos intentions le plus clairement possible. Quand vous attendez à une intersection et qu'approche un deux roues, regardez le conducteur dans les yeux, faites-lui un signe de la main ou freinez fermement pour lui donner un feedback. Utilisez vos clignotants encore plus assidûment en présence d'un deux roues, faites un appel de phare au besoin. Le dieu des conducteurs vous le rendra au centuple...

Ne pas suivre un deux roues de près

Oui, je sais, il y a des motocyclistes qui «collent au derrière» des autos en attendant de les dépasser et c'est très agressant. Mais le fait de suivre un motocycliste ou un vélo de près est encore pire parce que le danger concret est bien plus grand pour le conducteur du deux roues.

Nous avons vu tout à l'heure qu'un conducteur de deux roues est plus susceptible de freiner ou de ralentir subitement s'il aperçoit un autre véhicule dont les intentions ne lui semblent pas claires. Un trou dans la chaussée ou un objet sur la route peuvent aussi commander un ralentissement subit. Ajoutons enfin que, pour des raisons de sécurité, les meilleurs conducteurs de moto et de vélo ont en permanence deux doigts sur le levier frein, ce qui fait que leur temps de réaction est beaucoup plus rapide que celui d'un automobiliste qui doit déplacer son pied.

Pour toutes ces raisons, on comprendra que motocyclistes et cyclistes deviennent nerveux quand ils voient deux gros phares dans leur rétroviseur. Alors, svp, laissez un grand espace derrière les deux roues que vous suivez.

Les motos accélèrent vite

Les motos sont petites. De plus, en quittant un arrêt ou un feu vert de façon silencieuse, civilisée et normale, elles accélèrent beaucoup plus vite qu'une auto.

La combinaison de ces deux facteurs entraîne souvent pour l'automobiliste une mauvaise perception de la vitesse des motos. Gardez en tête que la moto qui commence à accélérer au loin sera peut-être près de vous en deux fois moins de temps qu'une auto. Pas parce qu'il «roule en fou», simplement parce que son véhicule est léger et naturellement véloce.

Laissez-nous tricoter...

Dans le sud de la France, en Italie et dans la plupart des pays européens où les motos sont partie prenante de la culture automobile, les automobilistes cèdent le passage aux motos dès que l'occasion se présente. Quand la circulation est immobilisée ou très au ralenti, pourquoi ne pas laisser passer le cycliste ou le motocycliste qui se faufile lentement pour atteindre le devant de la file.

Quand vous le voyez dans le rétroviseur, déplacez-vous légèrement à droite ou à gauche pour lui laisser plus d'espace. De toute façon, il ne vous volera pas une place puisqu'il sera disparu loin devant dès que le feu passera au vert.

On a toujours besoin d'un plus petit que soi...

Les vélos passent sur les feux rouges, les motos se faufilent et font fi des embouteillages. Cette agilité des deux roues semble parfois rendre certains automobilistes «jaloux». Il faut combattre ce penchant... Au contraire, donnons toutes les chances possibles aux deux roues pour qu'ils puissent circuler le plus efficacement possible.

N'oublions pas que chaque deux roues sur la route équivaut à une auto de moins. Les automobilistes ont donc intérêt à prendre soin de ces petits véhicules. Car plus il y aura de motos et de vélos sur nos routes, moins il y aura de pollution et d'embouteillages.

Souhaitons que ces humbles suggestions puissent contribuer à augmenter l'harmonie entre les usagers de la route et nous permettre de vivre dans un monde un peu plus doux...

Bonne route et bon printemps!

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