OGM: la bonne volonté ne suffit pas

Greenpeace a distribué des loupes aux consommateurs afin de les inciter à faire leur enquête dans les allées d’un supermarché pour débusquer des étiquettes affichant leur contenu en OGM.
Photo: Pascal Ratthé Greenpeace a distribué des loupes aux consommateurs afin de les inciter à faire leur enquête dans les allées d’un supermarché pour débusquer des étiquettes affichant leur contenu en OGM.

Volontaire et sans effet. La norme d'étiquetage des produits contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM) adoptée il y a un an par Ottawa est loin d'aider les consommateurs à faire des choix éclairés, a dénoncé hier une coalition de groupes de pression versés dans l'écologie et la défense des consommateurs. Pour cause: dans les épiceries du pays, aucun produit alimentaire ne s'affiche aujourd'hui avec OGM, estime-t-elle.

«Nous avons ici la preuve que cette norme d'étiquetage volontaire a justement été mise en place par le gouvernement fédéral pour éviter que des produits soient étiquetés», a dit avec ironie hier Éric Darier, de Greenpeace.

Afin de souligner le premier anniversaire de l'entrée en vigueur de cette norme volontaire d'étiquetage, l'organisme a décidé hier, avec d'autres défenseurs des droits des consommateurs ou de l'environnement — comme l'Union des consommateurs ou Équiterre —, de prendre possession pendant quelques heures du trottoir devant un supermarché de Montréal. L'objectif était de distribuer des loupes aux consommateurs afin de les inciter à faire leur enquête dans les allées pour débusquer des étiquettes affichant leur contenu en OGM.

«C'est le défi qu'on lance aux gens, a poursuivi M. Darier. Mais pour avoir visité trois ou quatre magasins, je peux avancer que les chances de succès sont nulles.»

Adoptée en septembre 2003 et entrée en vigueur le 15 avril de l'année suivante, la norme d'étiquetage adoptée par Ottawa donne à l'industrie la liberté d'indiquer ou non la présence d'OGM dans un produit alimentaire. Lorsque les fruits de la biotechnologie représentent 5 % ou moins des ingrédients, l'indication n'est pas jugée nécessaire.

Cette norme est depuis toujours qualifiée de «bidon» par les groupes environnementalistes, qui estiment plus pertinent l'étiquetage obligatoire des OGM. Ils citent d'ailleurs en exemple le modèle en vigueur en Europe, qui a emprunté cette voie tout en imposant un seuil de 0,9 % au-dessus duquel la présence d'OGM doit automatiquement apparaître sur l'emballage.

L'étiquetage obligatoire est également souhaité, sondage après sondage, par une grande majorité de consommateurs. Qui plus est, en juin dernier, la Commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation (CAPA) a recommandé à Québec d'adopter une telle réglementation. Rappelons que cette réglementation se retrouve au coeur des promesses électorales du parti actuellement au pouvoir.

«Même les agriculteurs qui en font pousser veulent cet étiquetage obligatoire, a fait remarquer Jean-François Henry, de l'Union des consommateurs. Mais comme le Canada est un grand producteur d'OGM, il a des réticences à légiférer sur cette question.»

Au pays, seuls le maïs, le soya et le canola sont disponibles en version OGM à des fins de commercialisation. La plupart de ces organismes génétiquement modifiés se retrouvent principalement dans l'alimentation animale. Ils peuvent également atterrir dans les produits transformés destinés aux humains, mais en quantité minime ou en format d'huile (qui fait disparaître le caractère génétiquement modifié de la matière première), comme l'a révélé une étude en laboratoire commandée il y a plus d'un an par Le Devoir.

Cette particularité, jumelée au fait qu'aucune tomate, aucune pomme de terre, aucun ananas et aucun oignon génétiquement modifié n'est vendu au Canada, fait que les risques d'en trouver à l'épicerie, étiquetage volontaire ou non, sont en effet très minces.