Succession de Jean-Paul II - Les deux camps fourbissent leurs... missels

Photo: Agence Reuters

Cité du Vatican — Cardinaux conservateurs contre progressistes: les premiers se rangent derrière Joseph Ratzinger, les seconds derrière Carlo Maria Martini, dessinant les contours de deux camps quatre jours avant le conclave du 18 avril.

Les rumeurs attribuant d'ores et déjà 50 votes — il en faudra 77 pour être élu à la majorité des deux tiers des 115 électeurs — au cardinal Ratzinger, un papabile pur produit de la Curie, ont provoqué une contre-offensive des cardinaux de terrain et même, selon le quotidien La Repubblica de mercredi, un refus des cardinaux américains et allemands.

«Huit cardinaux américains sur onze» et «cinq cardinaux allemands sur six» sont opposés à la candidature de Mgr Ratzinger «en raison d'un jugement négatif sur ses capacités de gestion», affirme le journal sans citer ses sources.

«Ratzinger n'a jamais aimé s'occuper d'organisation. La conclusion est qu'il lâcherait tout le pouvoir aux mains de la Curie. Et les cardinaux américains ne le veulent pas, et encore moins les allemands», poursuit le quotidien.

Les cardinaux allemands, en outre, «n'ont pas oublié l'opposition de Ratzinger au rôle des laïcs dans les communautés paroissiales sans prêtres ainsi que son refus répété de résoudre le problème des divorcés remariés qui ne peuvent avoir la communion», ajoute le journal.

De fait, le cardinal Ratzinger, qui fêtera ses 78 ans le samedi 16 avril, est le représentant des tenants de l'orthodoxie et du maintien du dogme, une catégorie dans laquelle le théologien du journal Il Messaggero, Orazio Petrosillo, classe entre autres les cardinaux italiens Camillo Ruini et Angelo Scola.

Dans l'autre camp, ceux qui, comme la communauté Sant'Egidio, souhaitent une Église plus collégiale, faisant une plus large place aux évêques et plus ouverte sur le monde, se sont regroupés derrière l'ancien archevêque de Milan, Carlo Maria Martini.

Partisan d'un renouveau de l'Église, ce jésuite de 78 ans, grand érudit spécialiste de la Bible, était, il y a encore quelques années, un des favoris parmi les papabili. À la «retraite» depuis trois ans, atteint d'une forme de la maladie de Parkinson, il demeure aujourd'hui un des grands électeurs.

Parmi les noms avancés par le clan des «progressistes», on cite notamment ceux de l'Italien Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, de Godfried Danneels, primat de Belgique, ou de José da Cruz Policarpo, archevêque de Lisbonne.

Sous cette bannière, on retrouve un groupe de poids sensiblement équivalent au camp Ratzinger, estimait hier le vaticaniste Luigi Accattoli, du quotidien Corriere della Sera.

Lorsqu'ils entreront en conclave, lundi, les deux camps pourraient se compter lors du premier vote avant de laisser la place à de «vrais candidats», poursuit le vaticaniste.

Intervenant dans le débat, des militants catholiques de l'association internationale «Nous sommes l'Église» ont réclamé hier à Rome que les femmes «réduites au silence et à l'invisibilité» dans l'Église actuelle puissent y jouer un rôle plus important lors du prochain pontificat.

«L'atmosphère de silence et de menace qui pèse dans les institutions de l'Église a tellement progressé qu'elle étouffe toute liberté de pensée, de recherche et d'expression, rendant impossibles le dialogue et le travail commun», a déclaré Adriana Valerio, professeure d'histoire du christianisme à l'université de Naples, qui avait été invitée par «Nous sommes l'Église» à prendre la parole devant la presse.

En attendant le verdict des urnes, qui pourra intervenir à tout moment à partir de lundi soir, la recherche d'un nom consensuel, ni ultraconservateur, ni trop progressiste, s'est poursuivie hier lors de la dixième congrégation générale.