Les exportateurs agroalimentaires tentent désormais d'éviter les États-Unis

La «paranoïa» états-unienne et les nouvelles mesures de sécurité imposées par l'administration Bush à la frontière entre le Canada et les États-Unis commencent à donner bien du fil à retordre aux exportateurs agroalimentaires d'ici. Rassemblés hier au Salon international de l'alimentation (SIAL) de Montréal, qui a ouvert ses portes pour trois jours, ils ne s'avouent pas vaincus pour autant, cherchant désormais activement d'autres marchés pour écouler fromages, légumes congelés, pizza et sirop d'érable tout en évitant «la paperasse et la lenteur» d'un système dont ils se passeraient bien.

«Nous sommes obligés de composer avec ces mesures, a commenté hier André Coutu, président du Groupe Export agroalimentaire Québec Canada, un regroupement de 400 exportateurs de bouffe du Québec. Mais les choses sont aujourd'hui très difficiles, les plaintes de nos membres, nombreuses, et les mésaventures s'accumulent.»

Pris dans une logique de lutte au terrorisme, après un double attentat à l'avion de ligne et un conflit s'éternisant au Moyen-Orient, les États-Unis sont entrés le 12 août dernier dans la phase 4 de la stratégie de mise en application progressive de la loi américaine sur le bioterrorisme. Cette loi oblige désormais les exportateurs à être dûment enregistrés auprès de la Food and Drug Administration (FDA) mais aussi de prévenir les postes frontaliers deux heures avant l'arrivée d'une cargaison. Cargaison qui se doit, pour chaque produit, d'avoir ses papiers de dédouanement en règle. La mesure est valable également pour les produits transitant aux États-Unis ou traversant simplement ce territoire dans un camion scellé pour se rendre dans un autre pays.

«C'est infernal, résume George Michael, des Desserts sublimes, qui exporte ses pâtisseries industrielles aux États-Unis. J'ai dû embaucher une personne à temps plein pour remplir tous les critères imposés par les Américains. Cela représente aussi des dépenses supplémentaires pour moi. Des dépenses injustifiées aussi quand on sait que le Canada est loin de représenter une menace pour les États-Unis.»

Du côté québécois, dans ce vaste salon commercial pour négociants en alimentation, la grogne était palpable hier. Et le récit de l'interception d'une cargaison de farine québécoise récemment, pour une erreur sans conséquence d'étiquetage, était elle sur toutes les lèvres. «Ç'a coûté cher à l'exportateur, résume M. Coutu. Un camion bloqué à la frontière, c'est de l'argent et un client qui s'en va ailleurs pour s'approvisionner.»

Dans ce contexte, les transformateurs agroalimentaires se cherchent désormais de nouveaux horizons à explorer. Moins complexes, avoue le chef des exportateurs. «Il faut se montrer imaginatif, poursuit-il. Bien sûr, les États-Unis vont demeurer notre premier partenaire commercial. Mais plusieurs entreprises revoient désormais leur plan de mise en marché pour limiter leur présence là-bas ou pour éviter d'y mettre les pieds. Dans un mois, nous allons d'ailleurs envoyer une délégation au SIAL de Shanghai [ce salon est présent dans plusieurs villes du monde] pour voir comment les marchés asiatiques pourraient répondre à nos produits.»

Une première réponse à cette question devrait lui être toutefois donnée à Montréal d'ici la fin de cette semaine. Le SIAL est en effet, avec ses 700 exposants provenant de 38 pays, une occasion en or de présenter ses créations dans l'espoir de trouver un distributeur. Les entreprises québécoises ont d'ailleurs sorti leurs beaux habits sur une bonne partie du plancher d'exposition du Palais des congrès pour jouer la grande séduction. Autour d'eux, Australiens, Chiliens et même Maliens (avec une tisane d'amour au Ginseng!) en font d'ailleurs autant dans l'espoir de trouver preneur pour leurs produits en Amérique du Nord.