L'anglais en 1re: irréfléchi !

L'apprentissage de l'anglais en première année est «injustifié», son efficacité n'est pas «démontrée» et il ne fait l'objet d'aucun consensus social. Voilà le jugement tranchant dévoilé hier par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE), qui recommande au gouvernement de surseoir à cette promesse électorale qui doit devenir réalité en septembre 2006.

Dans cet avis, le CSE analyse l'ensemble des modifications proposées par le gouvernement au régime pédagogique de l'éducation préscolaire et de l'enseignement primaire et secondaire. S'il donne sa bénédiction à plusieurs des modifications dévoilées en février, le Conseil émet toutefois de sérieuses réserves sur l'enseignement de l'anglais dès la première année du primaire, une promesse électorale des libéraux qui doit devenir réalité en 2006.

C'est un engagement «insuffisamment justifié par le gouvernement»; «l'efficacité de la formule n'est pas démontrée» et «il y a absence de consensus au sujet de la modification proposée», avance le Conseil.

L'absence de réponses et le flot de questions qui entourent l'introduction de l'anglais dès le début du primaire incitent enfin le CSE à recommander au gouvernement de mettre ce projet entre parenthèses le temps de mieux valider cette décision prématurée.

«Est-il démontré de manière suffisamment probante qu'un enseignement précoce de l'anglais, surtout dispensé à petite dose, soit efficace?», demande le Conseil. Un enseignement intensif ne serait-il pas préférable? L'enseignement de deux langues a-t-il un impact sur les élèves en difficulté? Qu'y a-t-il à apprendre des expériences novatrices tentées ailleurs?

Non content de proposer de stopper la machine, le CSE suggère la mise en place d'un comité de travail chargé de répondre à ces questions «d'un point de vue tant organisationnel que pédagogique» avant l'application de la nouvelle grille-matières.

Au cabinet du ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, où l'avis est connu depuis quelques jours, cette portion de la recommandation a déjà trouvé un écho. «Il y a déjà des mesures en place qui répondent à ça, a expliqué hier Stéphane Gosselin, attaché de presse du ministre. [Des équipes] sont en lien avec les enseignants qui expérimentent déjà sur le terrain l'enseignement de l'anglais en première année. Ça se fait dans quelques commissions scolaires. Et les premiers signaux qu'on a, c'est que c'est très bon.»

Pas question de remettre en question le mouvement en place, sinon en ajustant le processus d'implantation de cette nouvelle matière, qui est actuellement inscrite aux cours du primaire à compter de la troisième année. «Eux [le Conseil supérieur de l'éducation] disent de surseoir pour mettre en place [un comité de travail]. Mais c'est déjà en place. Il y aura déjà des améliorations qui seront apportées aussi tôt que septembre prochain», réplique Stéphane Gosselin.

Outre l'enseignement de l'anglais en première année, qui ne compose qu'une portion de cet avis d'une soixantaine de pages, le CSE émet des réserves sur la couleur de ce nouveau régime pédagogique, faisant des rappels avec le contenu de la réforme qui doit guider les changements proposés.

Ainsi, l'ajout d'une année aux six ans du primaire doit «être une mesure exceptionnelle», compte tenu du fait que la division du parcours primaire en trois cycles de deux ans a condamné la pratique du redoublement. La division du secondaire en deux cycles — le premier de deux ans, le second de trois — soulève des questions et annonce la fin de la formation commune de base avant la 3e année du secondaire, «un risque» dont «le ministre et le milieu de l'éducation devront prendre l'exacte mesure dans les prochaines années», souligne le Conseil.

S'il donne son aval à l'ajout d'une heure et demie d'enseignement au primaire à compter de septembre 2006 — un autre engagement électoral des libéraux —, le CSE s'interroge sur la nécessité de suivre des cours d'art liés à deux disciplines — danse, arts plastiques, musique ou théâtre — en continuité pendant le primaire, sans possibilité de changement. Permettre de passer d'une discipline à l'autre permettrait de «tenir compte des talents et des centres d'intérêt» des élèves, note-t-il.

Le Conseil note quelques flottements entre les fondements de la réforme et les orientations dévoilées par le régime: «Le Conseil constate que le projet est muet, tant pour le primaire que pour le secondaire, par rapport à une dimension importante de la réforme», soit «l'organisation des matières autour des domaines d'apprentissage».

Il s'étonne aussi d'une des nouveautés avalisées par ce régime pédagogique, qui est toujours officiellement en consultation. La cohabitation de deux parcours au secondaire, l'un dit régulier, l'autre dit appliqué, pour ceux que la formation pratique titille davantage que la théorie. Le CSE recommande plutôt un parcours général et l'ouverture à des options, pour un chemin ouvert à tous. «Il s'agit là de pragmatisme inspiré par la prudence née de l'expérience historique et des enjeux en cause», note-t-on.

Le Conseil supérieur de l'éducation accepte notamment la notion de bilan des apprentissages, les modifications à la sanction des études et la reconnaissance des parcours de formation à l'emploi.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard
5 commentaires
  • Paul Paradis - Inscrit 13 avril 2005 08 h 30

    Réaction irréfléchie

    Je me demande si le CSE est objectif sur ce sujet. À mon avis, plus tôt les enfants apprendrons la langue anglaise (ou du moins, s'habituerons à la parler et comprendre, pour l'écriture et la grammaire on peut perfectionner plus tard), plus ils auront des chances d'éviter des accents obscènes style Jean Chrétien, accents qui pénalisent tragiquement non seulement les politiciens, mais quiconque doive participer à une réunion d'affaires.

  • d baker - Inscrit 13 avril 2005 10 h 59

    Anglais en première année

    L'important n'est pas tant le moment de l'apprentissage que le temps passé à cet apprentissage. Diluer les heures ainsi à des seules fins d'apparat ne sera pas efficace. Toutefois, plus une langue est apprise tôt, mieux elle sera intégrée. L'exemple des pays réellement multilingues le prouve. On devient de parfait bilingue ou trilingue lorsqu'on est en immersion très tôt, et il est scientifiquement prouvé que le cerveau se développe davantage. Aussi, le nombre devrait être ajouté afin d'introduire l'anglais et non retranché des cycles supérieurs. Idéalement, il devrait y avoir une rotation afin que de grandes périodes (jours, semaines, mois ou années) soient en immersion, obligatoire, ce qui est nécessaire également dans les écoles anglophones.

  • FARID KODSI - Inscrit 13 avril 2005 11 h 22

    Les institutions québécoises pure laine

    Le Conseil supérieur de l'éducation tout comme le Collège des médecins et les sondages de la firme Léger Marketing ne sont que des institutions québécoises pure laine qui façonnent les résultats à leur façon de manière à garder le peuple québécois dans l'ignorance de la vraie réalité et du changement réel de la communauté québécoise en ne tenant pas compte de la société omniculturelle du grand Montréal, se limitant uniquement aux petites régions éloignées du Québec qui sont, bien entendu, peuplées à 95% de Québécois pure laine, ce qui n'est pas du tout le cas à Montréal.

  • Bonnier,yvon - Inscrit 13 avril 2005 17 h 28

    Anglais

    La mémoire est une faculté qui oublie n'est ce pas ! Si vous vous souvenez de l'époque ou ce sujet était brulant sic. " l'application de la loi 101" le fameux neurologue qu'était le Dr Penfield soutenait que la période ou l'être humain apprenait le plus de matières se situait entre la naissance et l'âge de six ou sept ans . Il soutenait que d'enseigner une langue seconde ne présentait aucun problème pour l'enfant . Comment se fait il que les enfants anglophones apprennent le Français dès la première année scolaire ? Seraient ils plus intelligents quenos enfants francophones .

    Si le conseil supérieur de l'enseignement prétend le contraire , ce pourrait il qu'il cache un problème axé sur le nationalisme d'une part, et également pour tenter de protéger les enseignants qui ne seraient pas aptes pour accomplir cette tâche. Souffrira t on toujours d'un complexe d'infériorité?

    Yvon Bonnier
    Beloeil qc

  • Marie-France Legault - Inscrit 13 avril 2005 19 h 41

    Au contraire c'est très songé....

    J'ai enseigné pendant toute ma carrière au premier cycle (1-2-3). Je connais très bien
    les enfants, et leurs capacités illimitées d'apprendre...S'ils ne sont pas brimés par des adultes aux idées rétrogades, ils sont comme des éponges et apprennent TOUT.

    Le problème de l'apprentissage de l'anglais n'est pas un problème d'enfant, mais d'adultes qui refusent à l'enfant la possibilité de devenir bilingue. Des adultes qui ont des préjugés, qui refusent d'ouvrir toutes grandes les portes de l'emploi plus tard. Des adultes qui pénalisent leur enfant.

    C'est certain que les parents fortunés peuvent envoyer leur enfant dans des Camps de vacance anglophone, à une école internationale, ou dans une famille anglophone pour un séjour prolongé, une sorte d'immersion. Mais pour la majorité des parents, ils ne peuvent pas se payer ce luxe. Donc l'école reste l'endroit idéal pour apprendre l'anglais très tôt.

    Il ne faut pas oublier que nous sommes emtourés de 250,000,000 anglophones. Et que l'anglais ouvre des portes, des avantages, des promotions non négligeables.

    Un enfant peut apprendre n'importe quoi. Jai réussi en 2ième année à leur montrer à chercher dans un dictionnaire, les définitions, les symboles:n.m./n.f/v/ etc...
    Ils sont devenus très familiers avec le "dictionnaire des débutants Larousse".

    Il ne faut JAMAIS mésestimer les capacités
    d'apprendre d'un enfant...
    Peut-être qu'il y aurait moins de décrocheurs
    si on leur faisait "confiance" pour aller au devant des exigeances minimales...