Le fondateur de l'Union paysanne quitte l'organisme

Roméo Bouchard, le fondateur de l’Union paysanne, a quitté ses fonctions de directeur général de l’organisme.
Photo: Roméo Bouchard, le fondateur de l’Union paysanne, a quitté ses fonctions de directeur général de l’organisme.

Une page vient d'être tournée dans la petite existence de l'Union paysanne (UP). De la présidence, qu'il a quittée en mai dernier, à la direction générale, où il se trouvait depuis, Roméo Bouchard prend désormais la porte de sortie de ce regroupement de citoyens et de producteurs versés dans une agriculture à visage humain.

Sa démission, acceptée à l'unanimité par le Conseil de coordination de l'UP dimanche soir dernier, annonce une réorganisation majeure de ce regroupement, a appris Le Devoir. Elle résulte également, selon plusieurs sources, de «tensions énormes» à l'intérieur de ce jeune mouvement qui depuis plusieurs mois se cherche un nouveau souffle.

Sans tambour ni trompette, M. Bouchard, fondateur il y a quatre ans de cet organisme prônant une autre conception de l'agriculture, remise donc définitivement son râteau de pèlerin. L'annonce a été faite par l'entremise d'un communiqué de presse laconique diffusé par le conseil de coordination de l'UP en début de soirée lundi. Sans autres explications. L'ex-directeur général, dont la démission est effective depuis dimanche dernier, n'a pas voulu commenter hier cette décision.

Ce mutisme s'explique. Selon nos informations, le bouillant porte-parole de la lutte paysanne a été dans les faits acculé vers la sortie par les autres représentants de l'UP, qui l'ont forcé à présenter sa démission en début de semaine. «Des tensions énormes ont amené à ça, a expliqué au Devoir une source proche du dossier. C'est le prix à payer pour que le mouvement reste en vie et qu'il se maintienne sur les rails.»

Lancée officiellement en juin 2001, l'Union paysanne a connu ses heures de gloire dans les mois suivant sa fondation. À cette époque, près de 3200 personnes, dont 70 % de citoyens, ont adhéré à ce mouvement qui se veut, entre autres choses, une solution de rechange écologisante à l'approche industrielle et intensive de l'agriculture véhiculée par l'Union des producteurs agricoles (UPA).

Quatre ans plus tard, ce regroupement, s'inspirant fortement de la Confédération paysanne de José Bové en France, n'a toutefois pas atteint son objectif de départ: regrouper près de 5000 membres et s'affirmer politiquement comme une voix incontournable dans les débats faisant rage côté champs. Pis, après quelques schismes qui ont entraîné le départ avec fracas de plusieurs de ses dirigeants en 2003, le nombre de ses membres a fondu comme neige au soleil pour s'établir péniblement à près de 1200 individus aujourd'hui.

Autre écueil: son combat visant à faire tomber le monopole syndical de l'UPA n'a toujours pas donné de résultats concluants. Il en va de même pour sa lutte contre la mise en marché collective du sirop d'érable.

Sans reconnaître une responsabilité personnelle dans les difficultés éprouvées par son mouvement, Roméo Bouchard a avoué toutefois en mai dernier au Devoir avoir décidé de laisser son poste de président «pour le bien du mouvement», disait-il à l'époque. Maxime Laplante, alors secrétaire général de l'organisme, lui a succédé, cantonnant du même coup le fondateur dans des fonctions de directeur général et de rédacteur du journal de l'Union paysanne, baptisé simplement Union paysanne, Le journal.

Soudain et forcé, ce nouveau départ de M. Bouchard laisse donc un vide que les membres du conseil de coordination vont combler pour le moment en attendant de nommer un nouveau successeur, ont-ils indiqué dans le communiqué de presse. D'ici mai prochain, l'Union paysanne compte également profiter de la réorganisation de son secrétariat pour déménager son siège social situé dans le village de Saint-Germain-de-Kamouraska, dans le Bas-du-Fleuve. Pas très loin de l'ancienne ferme de Roméo Bouchard, d'où l'idée d'unir des agriculteurs militant pour une agriculture à visage humain a germé il y a quelques années.