France - Un souvenir oublié

Vimy, France — Le champ de bataille de Vimy sur lequel est érigé le Monument commémoratif de la bataille de la crête de Vimy — haut fait d'armes canadien de la Première Guerre mondiale — dégage une beauté désolante. Encore aujourd'hui, lorsqu'on s'y balade, on ne peut qu'être frappé par cet enchaînement de cratères, causés par les explosions d'obus et de mines, qui se profilent sous la pelouse verte. Outre la fierté et la reconnaissance nationale que symbolise l'événement pour le Canada, l'immense champ de bataille doit également — et surtout — être perçu comme le lieu où périrent plus de 10 000 Canadiens, majoritairement anglophones, lors d'une offensive militaire qui fut lancée le 9 avril 1917.

En plongeant le regard sur cette terre gazonnée, complètement trouée, retournée et façonnée par les explosions, le directeur des Parcs commémoratifs européens, Allan E. Puxley, avance respectueusement qu'il s'agit en quelque sorte «d'un cimetière à ciel ouvert». Pointant une partie du terrain, il explique: «Ici, on peut percevoir les restes d'une tranchée. Et là, on peut penser qu'il s'agit de l'effondrement d'un souterrain.» Une brève visite de ces tunnels aux parois de craie rappelle les conditions difficiles associées à la Grande Guerre ainsi que les atrocités qui y furent commises; c'est au creux de ces tranchées que ce conflit nous apparaît finalement comme la préface des chapitres meurtriers qui se sont enchaînés au cours du siècle dernier.

Jeu de mémoire

C'est, dit-on, pour ne pas oublier l'horreur de cette guerre, qui tua huit millions de soldats et six millions de civils, que le ministère des Anciens Combattants du Canada, en collaboration avec le ministère des Travaux publics, souhaite officialiser l'investissement de 30 millions de dollars. L'objectif: restaurer le monument d'environ 40 mètres de hauteur inauguré en 1936 et planté au centre de l'immense site que la France a légué au Canada. Les sommes investies devraient également servir à restaurer douze autres monuments canadiens de la Grande Guerre.

L'architecte Julian Smith, qui participe aux travaux de restauration, soutient que ceux-ci «seront faits dans le respect de la philosophie» qu'entretenait le concepteur du monument de Vimy, l'artiste Walter Allward. Ainsi, on souhaite évidemment se rappeler les 11 000 soldats canadiens de la Première Guerre mondiale dont les corps n'ont jamais été retrouvés et dont les noms sont actuellement gravés dans la muraille du monument. Le style architectural, précurseur pour l'époque, ne sera en aucun cas dénaturé, assure-ton. «L'objectif, c'est de retrouver le monument et la sculpture très blanche d'avant», soutient l'architecte responsable, Daniel Lefèvre.

Mémoire défaillante

Derrière ce projet se dessine un exercice évident de relation publique pour le ministère des Anciens Combattants, qui souhaite ardemment faire connaître la bataille de Vimy. L'événement est particulièrement méconnu des Québécois, qui se souviennent davantage, lorsqu'il est question de ce conflit, des débats qui ont gravité autour de la conscription. Selon un récent sondage de l'Institut Dominion, 95 % des Québécois n'auraient aucune idée de ce que représente Vimy dans l'histoire du pays. La mémoire de cette bataille s'est-elle effritée au fil du temps, au même rythme que son monument? Et l'importance qu'on lui accorde aujourd'hui ne trouve-t-elle pas écho dans l'absence des dignitaires canadiens des secteurs militaire et politique lors des cérémonies commémoratives? Une chose reste certaine: un simple coup d'oeil à l'ancien champ de bataille que représente Vimy rappelle qu'une guerre, malgré tout le symbolisme et les significations qui lui sont attribués, reste incontestablement une sale guerre.

Ulysse Bergeron est l'invité d'Anciens Combattants Canada (ACC).
1 commentaire
  • Marc A. Vallée - Inscrit 17 janvier 2007 21 h 03

    Vimy et la nation

    J'ai appris sur Vimy 1917 en lisant un texte de Don Gendzwill qui vient de paraître dans la revue The Leading Edge, revue de vulgarisation de la Society of Exploration Geophysicists. C'est un texte important pour moi car c'est comme une pièce du puzzle qui se met en place. C'est qu'avant ce texte, je ne connaissais pas Vimy 1917. Je savais que la sismique avait été utilisé pour détecter les cannons derrière les lignes ennemies pendant la première guerre mondiale, que le Canada avait participé à l'effort de la première guerre mondiale mais je ne savais pas que, si je cite Don Gendzwill:

    "It was the first clear Allied victory in the bloody trench
    war, leading to a Canadian pride and identity distinct from
    the British. Having senior commanding officers on-site, careful planning, practice, and accurate control of heavy guns were key factors in all events leading up to the victory, in sharp contrast to earlier and later battles under French or British command. Currie, promoted to general, followed the same principles for the rest of the war and kept Canadian casualties low."

    Un collègue de travail anglophone, dont le père était professeur d'histoire militaire, m'a passé un livre qui cite D.J. Goodspeed, The Road Past Vimy: "No matter what the constitutional historians may say, it was on Easter
    Monday, April 9, 1917, and not on any other date, that Canada became a nation."

    Et les Québécois? Le contexte de l'époque est complexe. Un aperçu est donné en visitant le site du Royal 22e Régiment
    (www.r22er.com) (en Français uniquement) ou la définition de Royal 22e Régiment sur Wikipedia (www.wikipedia.org/) (les définitions française et anglaise sont différentes).

    Je cite les extraits suivants, qui donnent une idée du contexte de l'époque:

    "Le 21 octobre 1914, le 22e Bataillon (canadien-français) fait son entrée officielle au sein de l'institution militaire. D'octobre 1914 à mars 1915, l'entraînement de l'unité s'effectue à Saint-Jean-sur-Richelieu. La vétusté
    du site de St-Jean, le manque d'espace pour l'entraînement et l'attrait de la grande ville de Montréal (qui causera de nombreuses désertions et d'autres cas d'indiscipline) amènent le Colonel F.-X. Gaudet, premier commandant du 22e Bataillon, à demander à plusieurs reprises le transfert de son unité vers un site plus approprié pour parfaire son entraînement. Suite à son insistance, sa demande est enfin acceptée et l'unité est déployée à Amherst (Nouvelle-Écosse) le 12 mars 1915, après avoir reçu ses drapeaux quelque temps auparavant, soit le 3 mars 1915. À cette occasion, l'abbé
    Doyon suite à la bénédiction des drapeaux, prononça ces paroles :

    « ...Il s'agit surtout d'une question d'existence nationale : pour les canadiens-français, il s'agit d'une question de vie ou de mort comme entité nationale, comme nation sur le continent de l'Amérique du Nord ».

    "Le 9 avril 1917, lors de l'attaque de la Crête de Vimy par le 11e Corps canadien, le 22e Bataillon suivit les troupes d'assaut à 15 mètres derrière et nettoya les tranchées ennemies à la pointe de la baïonnette. Le Bataillon captura cinq mitrailleuses et fit plus de 500 prisonniers qui furent escortés au parc divisionnaire.

    Durant sa participation à différents engagements dans ce secteur, le 22e Bataillon compta 26 tués et 84 blessés.

    Au même titre que la bataille de Flers-Courcelette, ceci établissait la renommée du 22e Bataillon aux yeux de la population canadienne. La Bataille de la Crête de Vimy établissait la renommée de l'Armée canadienne auprès de
    la communauté internationale. En fait, il s'agissait de la première attaque d'envergure de l'Armée canadienne.

    Ce haut fait d'armes mérita au 22e Bataillon l'honneur de bataille VIMY 1917."